L’administration Trump a franchi une nouvelle étape dans sa lutte contre le crime organisé latino-américain en qualifiant les deux principales organisations criminelles du Brésil de « groupes terroristes ». Le secrétaire d’État Marco Rubio a confirmé jeudi 29 mai que le Premier Commandement de la Capitale (PCC) et le Commandement Rouge (Comando Vermelho) sont désormais inscrits sur la liste des organisations terroristes étrangères (FTO), une classification qui prendra effet le 5 juin.

En attendant cette échéance, les deux groupes ont été placés sous le régime des « terroristes mondiaux spécialement désignés » (SDGT), une catégorie qui puise ses fondements juridiques dans la loi sur les pouvoirs économiques d’urgence internationale (IEEPA). Dans les deux cas, les avoirs détenus aux États-Unis sont gelés, mais le statut FTO impose des restrictions supplémentaires, notamment sur toute forme de soutien matériel.

Marco Rubio a justifié cette décision par la nécessité de protéger les citoyens américains et de tarir les sources de financement des trafiquants. « L’administration Trump utilisera tous les outils disponibles pour défendre la nation et ses intérêts de sécurité nationale en empêchant les drogues illicites d’atteindre nos rues et en perturbant les flux de revenus qui alimentent les narco-terroristes violents », a déclaré le chef de la diplomatie américaine dans un communiqué.

Un contexte électoral brésilien tendu

Cette annonce intervient alors que le Brésil est engagé dans une campagne présidentielle particulièrement disputée. Le président sortant Luiz Inácio Lula da Silva, candidat à un quatrième mandat non consécutif, avait tenté à plusieurs reprises de dissuader Washington de recourir à cette qualification. Des informations de presse indiquent que le dirigeant brésilien craignait que la désignation ne pénalise les institutions financières et les victimes de racket contraintes de transiger avec les gangs.

Lula a également mis en garde contre ce qu’il perçoit comme une ingérence étrangère croissante en Amérique latine, en particulier après l’opération militaire du 3 janvier au cours de laquelle les États-Unis ont enlevé le président vénézuélien Nicolás Maduro. Pour le chef d’État brésilien, la qualification terroriste pourrait servir de prétexte à une expansion de l’influence militaire américaine dans la région, dans le cadre de la « doctrine Donroe », une version modernisée de la doctrine Monroe du XIXe siècle prônée par Donald Trump.

Son principal adversaire, le sénateur d’extrême droite Flávio Bolsonaro, entretient au contraire des liens étroits avec l’administration Trump. Bolsonaro a rencontré le président américain cette semaine à la Maison-Blanche et a indiqué aux journalistes avoir activement plaidé pour que le PCC et le Commandement Rouge soient inscrits sur la liste terroriste. Trump avait déjà pris position en faveur du clan Bolsonaro par le passé, notamment en relevant les droits de douane sur les produits brésiliens à près de 50 % l’an dernier.

Une stratégie contestée

Depuis son retour à la Maison-Blanche, Donald Trump a multiplié les demandes de désignation terroriste visant des organisations criminelles latino-américaines. Ces initiatives sont critiquées par des observateurs qui y voient un moyen d’étendre le rôle militaire des États-Unis dans l’hémisphère occidental, sous couvert de lutte contre la drogue.

La décision concernant les deux gangs brésiliens pourrait avoir des répercussions diplomatiques significatives. Si Lula et son camp redoutent des conséquences économiques et juridiques pour les entreprises et les particuliers en contact avec les groupes visés, les partisans de la mesure estiment qu’elle renforce la coopération sécuritaire entre les deux pays. Le débat intervient à quelques mois d’une élection qui pourrait redéfinir les équilibres politiques en Amérique du Sud.