L'administration américaine a procédé à l'expulsion d'un groupe de migrants vers la République centrafricaine (RCA), l'un des États les plus pauvres et instables de la planète, dans le cadre d'un accord controversé. L'appareil, parti jeudi soir de Louisiane, a atterri vendredi à Bangui, rapportent des sources concordantes.

Le nombre exact des personnes expulsées n'a pas été officiellement communiqué, mais des observateurs évoquent une vingtaine d'individus. L'avion a fait escale à Accra, la capitale ghanéenne, avant de rejoindre la Centrafrique, selon les données de surveillance des vols de l'agence américaine chargée de l'immigration et des douanes (ICE) compilées par l'organisation de défense des droits humains Human Rights First.

Une activiste iranienne parmi les expulsés

Parmi les passagers se trouvait une militante iranienne pro-démocratie, a confirmé son avocate, Emily Trostle. Celle-ci a exprimé son inquiétude : « Elles n'ont absolument aucun lien avec cet endroit. J'ai fourni des masses d'informations dans tous mes dossiers pour montrer à quel point cela était dangereux. »

Selon le Fonds de défense juridique iranien américain (IALDF), trois femmes iraniennes ayant fui des persécutions dans leur pays étaient menacées d'expulsion, mais une seule a finalement été placée à bord du vol. L'organisation a qualifié cette mesure d'« action potentiellement fatale », soulignant les liens étroits entre le gouvernement centrafricain et Moscou, un allié de renseignement de Téhéran.

D'après Ali Rahnama, directeur exécutif par intérim de l'IALDF, d'autres ressortissants figuraient sur la liste des expulsés, notamment des personnes originaires de Jordanie, d'Arménie, de Turquie, de Géorgie et d'Afghanistan.

Des motifs de refus d'asile contestés

Les demandes d'asile de ces trois Iraniennes avaient été rejetées au motif qu'elles n'avaient pas sollicité une protection dans les pays qu'elles avaient traversés avant d'atteindre les États-Unis, une règle qu'une cour fédérale de Californie a annulée en mai. L'avocate Emily Trostle a dénoncé une situation où « ces personnes sont retirées des États-Unis et abandonnées dans un pays où elles n'ont aucun statut, aucun lien et aucun réseau de soutien », craignant qu'elles ne soient « contraintes de retourner dans les pays qu'elles avaient fui à l'origine ».

Conditions d'accueil floues

Aucune information officielle n'a été fournie sur le lieu d'hébergement des migrants ni sur la durée de leur séjour en Centrafrique. Une source proche de l'ambassade américaine a indiqué à des agences de presse que plusieurs expulsés séjournaient temporairement dans une base de pompiers située près du chantier de construction de l'ambassade à Bangui, tandis que d'autres devaient être logés ailleurs. À leur arrivée, les hommes et les femmes ont été séparés.

Des accords secrets avec plusieurs pays

L'administration américaine a signé une série d'accords, souvent tenus secrets, avec plusieurs nations africaines et latino-américaines pour qu'elles accueillent des migrants que les États-Unis ne peuvent renvoyer dans leur pays d'origine. La légalité de ces arrangements est largement contestée par des organisations de défense des droits, mais Washington les juge conformes au droit.