Le régulateur américain des télécommunications a accordé une dérogation majeure au géant du commerce électronique, qui exploite le réseau de satellites Amazon Leo, anciennement connu sous le nom de Projet Kuiper. L’autorisation, formalisée dans une lettre rendue publique vendredi sous la signature de Jay Schwarz, chef du Bureau spatial de la FCC, supprime le délai intermédiaire qui imposait à Amazon d’avoir placé en orbite la moitié de ses 3 232 satellites d’ici le 30 juillet 2026. En revanche, l’échéance butoir du 30 juillet 2029 pour l’ensemble de la constellation de première génération reste en vigueur.
Dans sa décision, la FCC souligne que cette dérogation « sert l’intérêt public en favorisant une seconde grande constellation de satellites à large bande ». Le régulateur constate qu’à l’heure actuelle, un seul opérateur, SpaceX avec son réseau Starlink, fournit un service de connexion internet par satellites en orbite basse aux consommateurs américains. Il estime que le service promis par Amazon Leo pourrait être « révolutionnaire », tant par la qualité que par l’accessibilité financière.
Pour justifier cette décision, la FCC met en avant les « circonstances particulières » entourant le dossier, notamment l’investissement considérable d’Amazon, qui dépasse les dix milliards de dollars dans le développement du système, les infrastructures physiques et les capacités de fabrication. Le régulateur estime en outre qu’une application rigoureuse des règles limiterait le déploiement de la constellation et réduirait le service pouvant être offert aux consommateurs.
Une pénurie de lanceurs à la source du retard
Si la construction des satellites ne pose pas de difficulté majeure, leur mise en orbite constitue le principal goulet d’étranglement. Amazon dispose d’importants stocks de satellites, chacun pesant un peu plus d’une demi-tonne, qui attendent d’être placés en orbite par les fusées New Glenn de Blue Origin et Vulcan de United Launch Alliance. Or, ces deux lanceurs sont cloués au sol à la suite d’incidents récents.
Le groupe a également réservé des créneaux de lancement sur d’autres fusées. Les fusées européennes Ariane 6, sous contrat pour 18 missions Amazon Leo, ont déjà effectué deux vols ; un troisième est prévu plus tard dans le mois avec 36 satellites. Le Falcon 9 de SpaceX, capable d’emporter 24 satellites Amazon Leo par vol, a déjà réalisé trois missions pour Amazon. La fusée Atlas V de United Launch Alliance, bientôt retirée, a effectué l’essentiel des lancements lourds pour le compte d’Amazon ; un seul vol Atlas V reste disponible, prévu dans les prochaines semaines depuis Cap Canaveral en Floride, avec 29 satellites.
Au total, Amazon a acheté plus de cent lancements pour sa constellation. Treize d’entre eux sont désormais terminés, ayant déployé 333 satellites depuis octobre 2023, un chiffre qui inclut deux satellites de démonstration ne faisant pas partie de la flotte opérationnelle.
Incitations maintenues pour une cadence rapide
Bien que l’échéance intermédiaire de juillet 2026 soit supprimée, la FCC a prévu un mécanisme incitatif pour pousser Amazon à accélérer ses déploiements. Le régulateur indique que la priorité spectrale des satellites lancés après cette date sera temporairement dégradée, jusqu’à ce qu’Amazon rattrape le rythme attendu de construction des satellites. Cette mesure vise à garantir que l’entreprise ne ralentisse pas ses efforts de déploiement.
Un partenariat inattendu avec SpaceX
Amazon avait initialement réservé ses lancements sur tous les lanceurs lourds commerciaux disponibles en Occident, à l’exception de ceux de SpaceX, propriétaire de Starlink, le principal concurrent d’Amazon Leo. Ce boycott a pris fin en 2023, lorsqu’Amazon a acheté trois lancements Falcon 9. Depuis, l’entreprise en a ajouté dix autres, montrant une évolution stratégique face à la nécessité d’accéder à l’espace.