La Cour des comptes estime que l’envoi de migrants en régions constitue un «levier efficace» pour réduire la pression sur l’hébergement d’urgence en Île-de-France. Dans un rapport publié récemment, l’institution souligne pourtant que ce dispositif reste «sous-exploité» et souffre de graves lacunes d’organisation.

Un constat en demi-teinte

Selon les magistrats financiers, les transferts de personnes exilées depuis la région parisienne vers d’autres territoires permettraient de soulager un parc d’hébergement francilien saturé. L’Île-de-France concentre en effet une part disproportionnée des demandeurs d’asile et des migrants sans abri, ce qui aggrave les tensions sur le logement d’urgence.

Cependant, la Cour relève que ces opérations sont menées de façon «perfectible». Les critères de sélection des personnes transférées, les délais de prise en charge et l’absence de suivi harmonisé entre les préfectures sont pointés du doigt. L’instance recommande ainsi de définir une stratégie nationale de répartition, pilotée par l’État, plutôt que de laisser les initiatives locales se multiplier sans coordination.

Des pistes d’amélioration

Pour améliorer le système, la Cour des comptes préconise plusieurs mesures : mieux associer les collectivités territoriales d’accueil, garantir un accompagnement social et sanitaire aux personnes déplacées, et renforcer les moyens alloués aux structures d’hébergement en région. Elle suggère également de fixer des objectifs chiffrés de répartition, région par région, afin de répartir plus équitablement l’effort d’accueil sur tout le territoire.

Un contexte de forte pression migratoire

Ce rapport intervient alors que les campements de migrants se multiplient à Paris et en petite couronne, et que les demandes de logement urgent explosent. Selon des données récentes, plusieurs centaines de personnes, dont des enfants, ont été évacuées ces derniers mois du parvis de l’Hôtel de Ville de Paris pour être transférées dans d’autres départements. Mais ces opérations, souvent décidées sous la contrainte, ne résolvent pas structurellement le problème.

Des réactions contrastées

Associations et élus locaux restent partagés. Certains saluent l’analyse de la Cour et espèrent une impulsion nationale, tandis que d’autres redoutent un simple «déplacement du problème» sans solution durable. Le gouvernement, interrogé sur le sujet, n’a pas encore réagi officiellement aux recommandations de la Cour des comptes.

Vers une refonte du dispositif ?

La publication de ce rapport pourrait relancer le débat sur la politique d’accueil et d’hébergement des migrants en France. Alors que les capacités d’hébergement d’urgence sont régulièrement dépassées, la piste d’une répartition plus méthodique et mieux financée semble désormais portée par la plus haute autorité de contrôle des finances publiques. Reste à savoir si l’exécutif traduira ces préconisations en actes concrets.