Le patrimoine archéologique de la cité antique de Tyr, dans le sud du Liban, est désormais au cœur des préoccupations diplomatiques. La délégation libanaise doit présenter ce lundi 8 juin, au siège parisien de l’Unesco, un appel solennel aux États membres pour qu’ils agissent face aux destructions provoquées par les frappes de l’armée israélienne. L’objectif est d’obtenir une protection immédiate pour ces vestiges millénaires, inscrits sur la liste du patrimoine mondial de l’humanité et gravement menacés par la guerre.
Une frappe israélienne a récemment endommagé un bâtiment situé à proximité de la nécropole de Tyr, datant des IIe et IIIe siècles. Ce secteur, pourtant protégé par le statut Unesco, n’a pas été épargné par les bombardements qui touchent quotidiennement le sud du Liban dans le cadre du conflit opposant l’armée israélienne au Hezbollah. Les autorités libanaises, par la voix de leurs représentants culturels, dénoncent « un crime contre le patrimoine universel » et exhortent la communauté internationale à mettre en œuvre des mesures concrètes de sauvegarde.
L’appel urgent du Liban
Le dossier présenté par Beyrouth ne se limite pas à Tyr. Il englobe plusieurs sites archéologiques et médiévaux du sud du pays qui subissent les conséquences directes des opérations militaires. Les responsables libanais rappellent que la convention de La Haye de 1954, ratifiée par Israël, interdit toute action visant le patrimoine culturel en temps de conflit armé. Ils exigent que l’Unesco active ses mécanismes de surveillance et de protection, notamment en envoyant des experts sur place pour évaluer les dégâts.
L’organisation onusienne, de son côté, suit la situation avec une « vive préoccupation ». Ses responsables ont déjà indiqué que l’intégrité des sites classés doit être préservée « quoi qu’il arrive », en vertu des engagements internationaux. Mais sans accès sécurisé aux zones bombardées, les équipes de l’Unesco ne peuvent encore dresser un bilan exhaustif des destructions.
Un héritage multimillénaire en péril
Tyr, l’une des plus anciennes villes de la Méditerranée, est célèbre pour ses ruines romaines, ses arènes et sa nécropole. Fondée par les Phéniciens, elle a été un carrefour commercial et culturel majeur. Son classement à l’Unesco en 1984 en faisait un symbole de l’histoire commune de l’humanité. Aujourd’hui, ses monuments subissent les vibrations et les ondes de choc des explosions répétées, tandis que les fragments de mosaïques et de sculptures antiques jonchent le sol autour des cratères d’obus.
Les habitants des zones voisines, déplacés par les combats, ne peuvent plus accéder au site. Des chercheurs libanais ont documenté plusieurs impacts à proximité immédiate des vestiges, dont certains ont fissuré des structures en pierre vieilles de plusieurs siècles. Si les dégâts directs restent limités pour l’instant, le risque d’un effondrement partiel ou d’une destruction irréversible est jugé « extrêmement élevé » par les experts.
La position de l’État hébreu
Interrogée sur ces frappes, l’armée israélienne assure ne pas viser intentionnellement des sites culturels et accuse le Hezbollah d’utiliser les zones habitées et patrimoniales comme boucliers ou bases arrière. Les autorités israéliennes n’ont pas répondu officiellement à l’appel libanais devant l’Unesco, mais des sources diplomatiques indiquent qu’elles se disent prêtes à respecter « les règles du droit de la guerre » tant que leurs opérations militaires ne sont pas entravées.
Nouveau précédent inquiétant
Pour les spécialistes du patrimoine, le cas de Tyr s’inscrit dans une série d’atteintes aux biens culturels lors des conflits au Moyen-Orient. Les précédents d’Alep, Palmyre ou Mossoul ont montré que les destructions, qu’elles soient délibérées ou collatérales, laissent des cicatrices durables. L’Unesco, souvent démunie face aux dynamiques de guerre, tente ici de jouer son rôle de médiateur et de garant.
La réunion de ce lundi à Paris pourrait déboucher sur une résolution condamnant les frappes et appelant à un cessez-le-feu localisé autour des zones classées. Les diplomates espèrent au moins obtenir la mise en place d’un « bouclier culturel » (zone de protection spéciale) sous l’égide de l’ONU. En attendant, les pierres de Tyr continuent de trembler sous les bombes, tandis que le monde se demande quel héritage il laissera aux générations futures.