Le gigantesque incendie qui a ravagé un entrepôt frigorifique de 46 000 m² dans l'est de Los Angeles s'est éteint depuis plus d'une semaine, mais une nouvelle nuisance s'est abattue sur les communautés ouvrières et latinos de Boyle Heights et d'East Los Angeles : une odeur pestilentielle provoquée par la putréfaction des marchandises entreposées. Les 85 millions de livres de viande, de volaille et de fruits de mer qui se trouvaient dans les chambres froides sont désormais en décomposition, remplissant les rues résidentielles voisines d'un relent nauséabond que les habitants qualifient d'insupportable.
L'odeur insupportable
Les résidents, qui avaient d'abord dû supporter des jours d'épais nuages de fumée toxique, doivent aujourd'hui composer avec cette nouvelle épreuve. Certains racontent que l'odeur imprègne leurs masques et leurs vêtements, d'autres qu'ils limitent leurs sorties depuis le début du sinistre. Les plaintes concernant les maux de tête, les difficultés respiratoires et les irritations oculaires se sont ajoutées aux préoccupations sanitaires initiales. Un habitant de 55 ans, René Lopez, qui vit à deux portes de l'entrepôt, explique qu'il a dû renoncer à ses traditionnelles grillades du 4 juillet à cause de l'odeur qui, selon lui, le ferait vomir. Remedios Reyes Ruelas, 68 ans, confie souffrir de céphalées persistantes et de douleurs thoraciques, et redoute que sa maison soit contaminée par la fumée résiduelle.
Un sentiment d'abandon
Plusieurs résidents expriment leur colère face à ce qu'ils perçoivent comme une réponse insuffisante des autorités. Remedios Reyes Ruelas déplore qu'aucun officiel ne soit venu lui ordonner d'évacuer le jour de l'incendie. Son voisin, qui a requis l'anonymat, estime que les autorités ne les prennent pas au sérieux parce qu'ils sont pauvres et latinos. Frank Morelos, un ouvrier qui réparait la clôture de Mme Reyes, abonde dans ce sens : selon lui, dans un quartier blanc, tout le monde aurait été évacué.
Les mesures officielles
La maire de Los Angeles, Karen Bass, a reconnu que les entrepôts de ce type ne se situent pas dans les quartiers aisés mais dans les communautés défavorisées et de couleur. Elle a assuré que sa responsabilité était de garantir la sécurité de ce quartier après le sinistre. Son administration a ordonné à Lineage, la société de logistique qui exploite l'entrepôt, d'évacuer la totalité des denrées en décomposition sous 45 jours. Selon le bureau de la maire, 75 chargements de déchets alimentaires avaient été retirés du site depuis le début des opérations, le dimanche précédent. Les camions sont aspergés d'un désodorisant avant le transport, et des brumisateurs ont été installés pour tenter de contenir les effluves.
Un nettoyage sous pression
Lineage, l'opérateur du site, a indiqué dans un communiqué que ses équipes travaillaient sans relâche pour évacuer les lieux et a annoncé avoir fait un don de 2 millions de dollars à des organisations locales pour venir en aide aux riverains. Le département de la santé publique du comté de Los Angeles a relevé une augmentation significative du nombre de patients se plaignant de symptômes liés à la pollution atmosphérique. Des cliniques mobiles gratuites ont été mises en place, et des masques respiratoires ainsi que des purificateurs d'air ont été distribués.
Des inquiétudes persistantes
Au-delà de l'odeur, les habitants redoutent une prolifération de rongeurs attirés par les déchets alimentaires. L'impact environnemental le long de la rivière Los Angeles, située à proximité, est également une source d'inquiétude. Les autorités sanitaires continuent de surveiller la qualité de l'air et de l'eau, tandis que les résidents, épuisés, réclament une action plus rapide et plus transparente.