Le week-end du 24 mai, marqué par une vague de chaleur précoce, a été émaillé de plusieurs incidents lors de courses à pied amateurs. À Royan, une centaine de participants au semi-marathon et au marathon ont nécessité des soins pour des malaises ou des déshydratations sévères, quatre d'entre eux étant hospitalisés. À Maisons-Alfort, dix personnes ont été admises en urgence absolue après la course de La Maisonnaise. Plus grave, le décès d'un coureur des 10 km de La Pyrénéenne, à Paris, a été constaté à la suite d'un malaise cardiaque. Selon la porte-parole du gouvernement, au moins deux décès lors de compétitions sportives sont à déplorer, sur un total de sept morts liés directement ou indirectement aux fortes chaleurs ce week-end.
Un seuil d'annulation contesté
Face à ces événements, la question du maintien des manifestations sportives se pose avec acuité. La préfecture de Charente-Maritime justifie sa décision de ne pas annuler les épreuves de Royan en se fondant sur le niveau d'alerte canicule. « L'annulation est envisagée quand on bascule en niveau de canicule de vigilance rouge, le plus élevé, ça n'était pas le cas », a expliqué le secrétaire général de la préfecture, ajoutant que des moyens supplémentaires, dont des équipes de pompiers, avaient été mobilisés. Ce seuil rouge n'était déclenché ni en Charente-Maritime ni dans le Val-de-Marne, où La Maisonnaise s'est déroulée.
Le vice-président du Marathon Royan Côte de beauté, Bernard Seureau, a estimé que l'organisation avait bien géré la situation, arguant que la capacité de prise en charge médicale avait été renforcée. « D'habitude, il y a plutôt une soixantaine de coureurs qui terminent au poste de secours, mais nous avions prévu une capacité supérieure, donc cela a été », a-t-il déclaré. Il a par ailleurs souligné que le maintien de l'épreuve dépendait de l'absence d'alerte préfectorale : « Tant que la préfecture ne nous alerte pas, on maintient, cela demande tellement de logistique... » Des rampes à eau, des brumisateurs et des points de ravitaillement rapprochés avaient été disposés le long du parcours.
De son côté, le coorganisateur de La Maisonnaise, Jean-Baptiste Sureau, a minimisé l'impact des températures, attribuant les abandons à un manque de préparation des participants. « Quelque 70 coureurs n'ont pas franchi la ligne d'arrivée, certes davantage qu'aux éditions précédentes, mais cela arrive tous les ans quand ils ne sont pas suffisamment préparés et vont au-delà de leurs limites », a-t-il affirmé. À Menton, en revanche, les organisateurs de la Sun Race, confrontés à des hospitalisations et des malaises lors du 10 km, ont choisi d'annuler la course de 5 km, dont le départ était plus tardif.
Des responsabilités partagées
Un responsable du comité départemental d'athlétisme du Val-de-Marne a souligné la complexité des facteurs en jeu. « Les épisodes dramatiques de dimanche sont multifactoriels. La météo a joué, mais aussi les critères de l'État pour envisager une annulation, la préparation des coureurs et les précautions des organisateurs », a-t-il indiqué.
Le Haut Conseil de la santé publique rappelle pourtant que tout exercice physique par temps chaud expose à un risque potentiellement mortel de coup de chaleur, qu'une canicule officielle soit déclarée ou non. Malgré cela, ni le ministère de la Santé ni celui des Sports n'ont répondu aux sollicitations concernant une éventuelle révision des critères d'annulation ou des plans de prévention.
La question demeure : alors que les épisodes de chaleur précoce se multiplient, le cadre réglementaire actuel, qui repose principalement sur la vigilance rouge canicule, est-il suffisant pour protéger les sportifs amateurs ? Les organisateurs, les préfectures et les participants semblent, pour l'heure, se renvoyer la responsabilité de la décision de maintenir ou d'annuler une épreuve.