Plus de deux siècles après sa mort, Marie-Antoinette continue de fasciner. Le château de Fontainebleau a mis sur pied une initiative originale : permettre à chacun d’écrire une lettre à la dernière reine de l’Ancien Régime. L’opération, intitulée « À vos plumes ! Écrivez à Marie-Antoinette », a déjà suscité l’envoi de plusieurs milliers de courriers, venus du monde entier.

Selon Sylvain Moulène, directeur du développement et de la communication de l’édifice, le succès a dépassé les attentes. « C’est un beau succès qui nous a surpris, assure-t-il. On ne s’attendait pas à autant de courriers et notamment du monde entier. » Les lettres adoptent un ton très respectueux, s’ouvrant souvent par « Votre Majesté ». L’initiative s’inscrit dans le cadre de l’« année Marie-Antoinette et Louis XVI », qui commémore le dernier séjour du couple royal à Fontainebleau, il y a 240 ans.

Regard d’adolescents sur une icône historique

Dans le cadre de ce projet, l’historienne Cécile Berly, spécialiste du XVIIIe siècle, a animé des ateliers d’écriture dans plusieurs collèges et lycées de la région. Elle a constaté que les élèves projettent sur la souveraine une image très actuelle. « J’ai pu voir dans les lettres de ces élèves qu’ils la voient comme une influenceuse, relate-t-elle. Ils sont extrêmement sensibles à sa modernité. Ils la perçoivent comme une reine de la mode qui, si elle avait existé à notre époque, aurait joué un rôle essentiel sur les réseaux sociaux. »

Ce regard mêle admiration et esprit critique. « C’est assez étonnant, mais ils sont aussi souvent dans une forme de jugement et lui disent qu’elle ne s’est pas toujours très bien conduite », ajoute Cécile Berly. Les adolescents font ainsi le lien entre le goût de Marie-Antoinette pour les parures et les coiffures extravagantes et l’influence numérique contemporaine.

Un dispositif immersif au cœur du château

Pour renforcer l’expérience, un boudoir reconstitué a été installé à la sortie de la boutique du château, permettant aux visiteurs d’écrire leur lettre dans un décor d’époque. L’historienne Cécile Berly, qui a proposé cette approche à la demande du château, explique avoir voulu « dépoussiérer l’histoire de cette période et de Marie-Antoinette » en passant par l’outil épistolaire, afin de créer « un lien et une proximité avec la reine ».

Entre 1770 et 1786, le couple royal a séjourné à onze reprises à Fontainebleau. « C’est une villégiature que la reine aimait particulièrement », souligne Sylvain Moulène, évoquant un « vrai retour à la nature » et une vie de cour « moins pesante qu’à Versailles ». Des expositions, visites, spectacles et concerts sont prévus tout au long de l’année pour mettre en lumière cet attachement.

Un phénomène d’idolâtrie qui perdure

Au-delà de l’opération épistolaire, la fascination pour Marie-Antoinette ne se dément pas. L’historienne observe que, plus de deux siècles après sa mort, l’ancienne reine demeure une figure « extrêmement moderne » aux yeux du public. Les lettres reçues témoignent d’une véritable idolâtrie, les expéditeurs jouant le jeu de la correspondance royale avec un cérémonial qui rappelle les codes de la cour.

Cette appropriation contemporaine de la figure royale interroge sur la fabrication des icônes historiques. Marie-Antoinette, guillotinée en 1793, continue d’incarner à la fois le luxe, l’élégance et les excès d’un régime disparu, mais aussi une forme de liberté et de modernité qui parle aux jeunes générations. L’opération « À vos plumes ! » illustre cette rencontre entre passé et présent, où l’histoire se réinvente au fil des plumes.