Le secrétaire général de l'OTAN, Mark Rutte, se rend à la Maison-Blanche pour une rencontre avec le président américain Donald Trump, programmée ce mercredi. Cette visite intervient dans un contexte de fortes turbulences transatlantiques, à deux semaines du sommet annuel des chefs d'État et de gouvernement de l'Alliance, qui doit se tenir à Ankara en juillet. L'enjeu est de taille : éviter une nouvelle escalade verbale et préserver l'unité de l'organisation, alors que M. Trump n'a jamais caché son scepticisme à l'égard de l'OTAN, qu'il a qualifiée à plusieurs reprises de « tigre de papier ».
Une stratégie de rapprochement risquée
Selon des sources proches des discussions, M. Rutte devrait tenter de rassurer le locataire de la Maison-Blanche sur plusieurs points sources de friction. Le président américain s'est dit irrité par le refus de certains alliés de soutenir militairement les États-Unis dans le conflit au Moyen-Orient, ainsi que par leur réticence à participer au rétablissement du trafic maritime dans le détroit d'Ormuz, perturbé par une attaque américano-israélienne contre l'Iran en février dernier. Ces divergences ont alimenté les menaces de M. Trump de réduire l'engagement américain au sein de l'Alliance, voire de s'en retirer.
Pour faire face à cette situation, Mark Rutte s'appuie sur une méthode rodée, qui lui a valu le surnom de « Trump whisperer ». Cette approche, qui consiste à proposer des solutions pragmatiques pour désamorcer les crises, a toutefois ses limites et suscite des frustrations parmi certains partenaires européens.
L'épisode du Groenland, un test réussi mais critiqué
Un exemple récent de cette méthode remonte à janvier dernier, lors d'une rencontre à Davos, en Suisse. M. Trump avait alors menacé de s'emparer du Groenland, un territoire autonome rattaché au Danemark, membre de l'OTAN, sans exclure le recours à la force. Face à cette crise inédite, Mark Rutte avait opposé une fin de non-recevoir : « Nous ne pouvons pas vous aider si vous voulez devenir propriétaire du Groenland », avait-il déclaré, avant de proposer une alternative consistant à présenter des exercices militaires existants dans l'Arctique comme une nouvelle mission de l'OTAN. Le président américain, apparemment apaisé, avait temporairement mis de côté ses ambitions territoriales.
Cependant, cette négociation de l'ombre a semé l'irritation et la méfiance parmi les alliés européens, qui ont estimé que le secrétaire général avait cédé trop rapidement, sans obtenir de garanties fermes de la part de Washington. Selon des personnes informées des discussions, certains responsables européens jugent que M. Rutte privilégie parfois une approche trop conciliante avec M. Trump, au détriment de la fermeté nécessaire.
La révision du dispositif militaire américain en Europe
Un autre point de crispation majeur est la décision du secrétaire américain à la Défense, Pete Hegseth, d'annoncer une révision sur six mois du déploiement des troupes américaines en Europe. M. Hegseth a sévèrement critiqué les alliés qu'il accuse de « resquiller » et a réduit le nombre de capacités militaires américaines mises à la disposition de l'OTAN en cas de crise. Cette décision laisse les membres européens dans l'incertitude quant à l'ampleur du soutien futur des États-Unis, qui reste le principal garant de la sécurité du continent.
Un sommet sous haute tension
Le sommet d'Ankara s'annonce donc comme un rendez-vous à haut risque. Stephen Wertheim, chercheur principal à la Carnegie Endowment for International Peace, estime que « M. Rutte va probablement tenter de s'aligner sur Trump pour que le sommet soit un succès — ou du moins pour éviter un désastre ». Il ajoute que « le sommet porte un risque potentiel important, car Trump est mécontent et imprévisible. Même si Rutte repart avec ce qu'il pense être un accord, nul ne sait ce que les deux prochaines semaines apporteront ».
La capacité de Mark Rutte à maintenir l'équilibre entre les attentes des alliés européens et les exigences changeantes de l'administration Trump sera sans doute mise à l'épreuve dans les jours à venir. Son style, parfois jugé trop accommodant, pourrait s'avérer à la fois une force et une faiblesse dans la gestion de cette relation complexe.