L’écrivain, réalisateur et scénariste Mehdi Charef est décédé dans la nuit du 9 juin à l’âge de 73 ans, a-t-on appris auprès de ses proches. Parti dans son sommeil, il laisse une œuvre qui a profondément marqué la représentation de l’immigration, des banlieues et des classes populaires en France.
Né à Maghnia, en Algérie, il avait grandi dans le bidonville de Nanterre, dans les Hauts-de-Seine. Ouvrier affûteur, il avait fait une entrée fracassante en littérature en 1983 avec son premier roman, « Le Thé au harem d’Archi Ahmed » – titre souvent orthographié « Le Thé au harem d’Archimède ». Ce livre raconte la vie des « gens sans défense », les prolétaires de son quartier, et a été salué comme l’un des premiers récits de la littérature dite « beure ». Le succès critique a été immédiat et a valu à son auteur le prix du Livre Inter.
L’année suivante, Mehdi Charef en réalise lui-même l’adaptation cinématographique. Ce long métrage, qui met en scène la vie d’un groupe de jeunes dans une cité de banlieue, a été récompensé par le prix Jean-Vigo et le César de la meilleure première œuvre en 1985. Le film a également été présenté au Festival de Cannes, consacrant définitivement le talent du réalisateur.
Une œuvre tournée vers l’exil et le racisme
Par la suite, Mehdi Charef a enchaîné les romans et les films, explorant sans relâche les thèmes de l’exil, du racisme, des banlieues et des bidonvilles. Son œuvre est indissociable de son histoire personnelle et de son engagement à donner une voix aux invisibles. Il a également été scénariste pour d’autres réalisateurs et a enseigné le cinéma.
Après l’annonce de sa mort, de nombreux hommages ont salué la mémoire d’un « pionnier ». La ministre de la Culture a souligné qu’il avait « ouvert la voie à toute une génération d’artistes issus de l’immigration », tandis que des associations et des intellectuels ont rappelé l’importance de son combat pour la dignité et la reconnaissance des quartiers populaires.
Mehdi Charef laisse derrière lui des romans majeurs – parmi lesquels « Le Harki de Meriem » ou « À l’ombre de la mine » – et des films comme « Miss Mona », « Passe-passe » ou « Marie-Line ». Son dernier roman, « Le Chant des partisans », était paru en 2024.
Un héritage culturel et politique
Au-delà des récompenses, Mehdi Charef restera comme celui qui a imposé un regard neuf et lucide sur la société française. Son œuvre, empreinte d’humanité, a contribué à faire exister, dans la culture dominante, des vies et des paroles longtemps marginalisées. « Il a été l’un des premiers à raconter ce que personne ne voulait voir », a résumé son éditeur de toujours.
Les obsèques de l’écrivain et cinéaste se dérouleront dans la plus stricte intimité, a indiqué sa famille.