À quelques jours du dixième anniversaire du référendum de 2016, l'ancien négociateur en chef de l'Union européenne pour le Brexit, Michel Barnier, a estimé que le Royaume-Uni pourrait réintégrer l'UE tout en conservant certains des avantages particuliers dont il bénéficiait avant la sortie. Dans un entretien, il a déclaré ne voir « aucun obstacle » à ce que Londres garde la livre sterling et reste en dehors de l'espace Schengen de libre circulation, en cas de retour dans le giron communautaire.

Des conditions spéciales jugées « parfaitement possibles »

Interrogé sur la perspective d'un retour du Royaume-Uni, M. Barnier a répondu qu'il s'agissait d'une option « parfaitement possible ». Il a souligné que, dans un monde instable, il devenait « plus clair chaque jour pour le peuple britannique qu'il serait plus fort en Europe ». L'ancien commissaire européen a également évoqué la question des « opt-outs » (clauses de retrait) que le Royaume-Uni possédait avant le Brexit, notamment l'exemption de l'obligation d'adopter l'euro et la non-participation aux accords de Schengen. Selon lui, ces dispositions pourraient être reconduites en cas de nouvelle adhésion.

Des confidences sur les motivations de Boris Johnson

Au cours de l'entretien, M. Barnier a également livré quelques anecdotes sur ses relations avec l'ancien Premier ministre britannique Boris Johnson. Il a raconté avoir passé un week-end avec le père de ce dernier, Stanley Johnson, dans un château en France, invité par une cousine française de M. Johnson. À cette occasion, ils ont longuement discuté des motivations du dirigeant conservateur à l'origine du Brexit. M. Barnier a décrit l'approche de Boris Johnson comme étant « pragmatique » et « cynique ». « Cynique pour obtenir le pouvoir », a-t-il précisé, tout en reconnaissant que M. Johnson était « beaucoup plus européen au début ».

Un contexte politique propice à la réflexion

Ces déclarations interviennent alors que le Royaume-Uni s'apprête à commémorer, la semaine prochaine, les dix ans du référendum du 23 juin 2016, qui avait vu 51,9 % des électeurs choisir de quitter l'Union européenne. Depuis lors, les conséquences économiques et politiques de cette décision continuent d'alimenter les débats outre-Manche. Plusieurs sondages récents indiquent qu'une majorité de Britanniques considèrent désormais le Brexit comme une erreur. Bien que le gouvernement travailliste actuel, mené par Keir Starmer, ait exclu tout retour à l'UE à court terme, il a entamé un processus de « rapprochement » avec Bruxelles, visant à améliorer la coopération dans des domaines tels que la sécurité et le commerce.

Une position qui reste prudente

Michel Barnier, qui a conduit les négociations au nom de l'UE de 2016 à 2021, a toutefois nuancé ses propos en rappelant que la décision finale revenait au peuple britannique et à ses dirigeants. Il a insisté sur le fait que toute procédure de réadhésion serait longue et complexe, nécessitant l'accord unanime des 27 États membres. L'ancien négociateur a également souligné que l'UE avait évolué depuis le départ du Royaume-Uni, et que les conditions d'adhésion pourraient être différentes.

Réactions politiques

Les propos de M. Barnier ont suscité des réactions contrastées au Royaume-Uni. Les partisans d'un retour dans l'UE y voient une ouverture positive, tandis que les eurosceptiques dénoncent une tentative de réécrire l'histoire. Le gouvernement britannique a répété que « la priorité est de faire fonctionner le Brexit », sans commenter directement les déclarations de l'ancien négociateur.