L’ex-meneur de jeu de l’équipe de France et ancien dirigeant du football européen franchit une nouvelle étape judiciaire dans le conflit qui l’oppose au sommet de la Fédération internationale de football association (Fifa). Michel Platini a officiellement déposé une plainte visant Gianni Infantino, l’actuel président de la Fifa, pour les chefs de trafic d’influence et de dénonciation calomnieuse.

Cette action en justice s’inscrit dans le prolongement des démêlés qui ont brisé, en 2015, les ambitions de Michel Platini de briguer la présidence de la Fifa. À l’époque, une enquête avait été ouverte concernant un paiement de deux millions de francs suisses (environ 1,8 million d’euros) versé par la Fifa à Michel Platini en 2011, sur la base d’un contrat oral conclu avec le président de l’époque, Sepp Blatter. Ce versement, officiellement présenté comme un complément de rémunération pour un travail de conseiller réalisé entre 1998 et 2002, avait suscité des suspicions de corruption et conduit à la suspension provisoire des deux hommes par la commission d’éthique de la Fifa.

Des accusations graves portées devant la justice

Dans sa plainte, Michel Platini estime que Gianni Infantino a sciemment orchestré une campagne de dénonciation calomnieuse à son encontre, dans le but de l’écarter de la course à la présidence et de favoriser sa propre élection. L’ancien numéro 10 des Bleus affirme que le dirigeant italo-suisse aurait utilisé sa position au sein de la Fifa pour diffuser des informations tronquées ou fausses, dans l’intention de nuire à sa réputation et de lui faire subir des poursuites infondées.

Le trafic d’influence, second volet de la plainte, vise les circonstances dans lesquelles Gianni Infantino est parvenu à la tête de la Fifa, en 2016. Michel Platini suggère que des manœuvres illicites auraient été mises en œuvre pour obtenir le soutien de certaines fédérations nationales, en échange de promesses ou d’avantages indus. Le parquet suisse s’était déjà saisi du dossier, notamment à travers une procédure ouverte à Genève pour « gestion déloyale » et « abus de confiance » à l’encontre de Gianni Infantino, mais cette plainte déposée par Michel Platini introduit une dimension pénale supplémentaire en France.

Contexte d’une longue affaire

L’affaire remonte à l’automne 2015, lorsque la justice suisse a ouvert une enquête sur Sepp Blatter et Michel Platini. Le 21 décembre 2015, la commission d’éthique de la Fifa a suspendu les deux hommes pour huit ans, sanction ramenée ensuite à six ans puis à quatre ans par le Tribunal arbitral du sport (TAS). En juillet 2022, le Tribunal pénal fédéral suisse a acquitté les deux anciens dirigeants des accusations de fraude et de gestion déloyale, estimant qu’aucune intention frauduleuse n’était établie. Cependant, Gianni Infantino n’a jamais été mis en cause directement dans cette affaire jusqu’à présent.

Michel Platini, qui a toujours clamé son innocence, considère que Gianni Infantino a profité de cette crise pour s’emparer du pouvoir. Il reproche au président de la Fifa d’avoir instrumentalisé les enquêtes internes et externes à des fins personnelles. La plainte déposée récemment vise à obtenir réparation devant les tribunaux français, où l’ancien joueur réside.

Réactions et suites judiciaires

Pour l’heure, Gianni Infantino n’a pas réagi publiquement à cette plainte. La Fifa, régulièrement interrogée sur les accusations de son président, renvoie généralement aux procédures en cours en Suisse. De son côté, le parquet de Paris, qui a reçu la plainte, devra déterminer si les faits allégués entrent dans le champ des infractions prévues par le droit français et s’il y a lieu d’ouvrir une enquête préliminaire.

Cette nouvelle offensive judiciaire de Michel Platini relance un feuilleton juridique et sportif qui empoisonne les relations au sein du football mondial depuis près d’une décennie. Elle pourrait également raviver les débats sur la gouvernance de la Fifa, régulièrement critiquée pour son opacité et ses pratiques controversées. Les avocats de l’ancien joueur espèrent que cette plainte permettra de faire éclater ce qu’ils qualifient de « machination » ayant empêché leur client d’accéder à la plus haute fonction du football international.