Le premier ministre canadien Mark Carney a officiellement annoncé que le pont international Gordie-Howe, une infrastructure à six voies reliant Détroit (Michigan) à Windsor (Ontario), sera ouvert à la circulation d'ici la fin de la semaine. Cette déclaration intervient en dépit des menaces répétées du président des États-Unis Donald Trump, qui avait juré plus tôt dans l'année d'empêcher l'inauguration de cet ouvrage si Ottawa n'acceptait pas des concessions.

Un symbole de coopération mis à l'épreuve

Interrogé par des journalistes sur la colline du Parlement à Ottawa, Mark Carney a éludé les questions concernant d'éventuelles négociations secrètes avec Washington. Il a préféré mettre en avant la portée de ce projet conjoint. « C'est une excellente nouvelle. Le pont ouvrira à la fin de la semaine », a-t-il déclaré, qualifiant l'ouvrage de « symbole mais aussi de réalité de la coopération » entre les deux pays. Il a ajouté que ce passage constituerait un atout « pour les Canadiens qui se rendent aux États-Unis, pour les Américains qui viennent au Canada, et pour le commerce », avant de saluer l'ensemble des équipes de construction des deux côtés de la frontière.

Cette mise en service était pourtant loin d'être acquise. En février, Donald Trump avait publié sur son réseau social un message dénonçant le projet, reprenant des arguments avancés par la famille Moroun, propriétaire du pont Ambassador situé à proximité. Ces derniers dénoncent une concurrence déloyale et avaient déjà intenté une action en justice pour stopper la construction du Gordie-Howe, menant par le passé une campagne publicitaire le présentant comme antiaméricain.

Un différend aux multiples facettes

Contrairement au pont Ambassador, qui est une propriété privée, le pont Gordie-Howe doit être détenu conjointement par les gouvernements du Canada et du Michigan. Dans son message de février, Donald Trump avait pourtant décrit le chantier comme une entreprise exclusivement canadienne. « Imaginez, le Canada construit un pont massif entre l'Ontario et le Michigan. Ils possèdent à la fois le côté canadien et le côté américain », avait-il écrit, estimant qu'Ottawa s'apprêtait à « profiter de l'Amérique » sans rien offrir en retour.

Le président américain avait alors menacé de bloquer l'achèvement du pont, alors que les travaux étaient dans leur phase finale. Il exigeait que le Canada cède « au moins la moitié de cet actif » au gouvernement fédéral américain. « Je ne permettrai pas que ce pont ouvre tant que les États-Unis n'auront pas été entièrement compensés pour tout ce que nous leur avons donné, et aussi, surtout, tant que le Canada ne traitera pas les États-Unis avec l'équité et le respect que nous méritons », avait-il averti.

Cette menace a ravivé les tensions entre les deux pays, déjà mises à rude épreuve depuis le début du second mandat de Donald Trump. Le locataire de la Maison-Blanche n'a cessé de critiquer les pratiques commerciales du Canada, qu'il juge déloyales, et l'a pressé d'accepter une forme d'annexion. Il a réitéré son appel à faire du Canada le « 51e État » américain dans un message publié le 1er juin.

Enjeux économiques et diplomatiques

L'annonce de l'ouverture du pont intervient dans un contexte de renégociation de l'Accord États-Unis-Mexique-Canada (USMCA). Le Canada cherche à obtenir un renouvellement pour seize ans et des discussions sectorielles sur les tarifs douaniers. Le pays a par ailleurs été marginalisé lors des dernières séances de négociation.

Les liens économiques entre les deux pays demeurent extrêmement denses : en 2024, le Canada était la première destination des exportations américaines. Le pont Gordie-Howe, dont la construction avait débuté plusieurs années auparavant, est destiné à fluidifier un flux commercial déjà massif entre les deux rives.

Une décision conjointe assumée

Les autorités du Michigan, copropriétaires de l'infrastructure aux côtés du gouvernement fédéral canadien, n'ont pas fait de déclaration séparée, mais leur implication dans le projet confirme qu'elles s'alignent sur le calendrier annoncé. L'administration Biden ayant précédemment apporté son soutien au projet, la position de l'administration Trump actuelle semble en contradiction avec celle de l'État du Michigan.

Le Canada, de son côté, semble déterminé à mener à bien ce chantier jugé stratégique, malgré les pressions venues de Washington. En confirmant l'ouverture pour la fin de la semaine, Mark Carney envoie un signal de fermeté quant à la souveraineté du Canada dans la gestion de ses infrastructures transfrontalières, tout en insistant sur le bénéfice mutuel de cette nouvelle liaison.