Un virage dans la stratégie IA de Microsoft
Microsoft, longtemps associé exclusivement à OpenAI, explore désormais d'autres voies pour ses besoins en intelligence artificielle. Selon plusieurs sources concordantes, l'entreprise réfléchirait à intégrer DeepSeek V4, un modèle chinois, dans son assistant Copilot Cowork, lancé en disponibilité générale le 16 juin 2026. Destiné aux entreprises et intégré à Microsoft 365, cet agent permet d'automatiser des tâches bureautiques complexes.
Le coût d'inférence au cœur de la réflexion
Contrairement aux chatbots conversationnels classiques, Copilot Cowork enchaîne de multiples appels au modèle pour chaque tâche déléguée. Les utilisateurs les plus actifs peuvent générer des centaines d'appels par semaine, ce qui fait grimper la facture d'inférence bien plus rapidement. Pour faire face à cette réalité, Microsoft a opté pour une tarification à l'usage dès le lancement de l'outil, permettant aux entreprises de payer uniquement ce qu'elles consomment. Mais ce modèle pousse mécaniquement la firme à rechercher des options moins coûteuses pour les usages les plus intensifs.
DeepSeek V4 présenterait un coût d'inférence sensiblement inférieur à celui des modèles américains actuellement utilisés, notamment Claude (développé par Anthropic). Selon les informations disponibles, cet écart de prix constituerait le principal motif de l'intérêt de Microsoft pour le modèle chinois.
Des garde-fous techniques envisagés
Pour répondre aux préoccupations de sécurité et de souveraineté des données, Microsoft prévoirait d'héberger une version optimisée de DeepSeek V4 sur sa propre infrastructure cloud Azure. Les données des utilisateurs resteraient ainsi dans l'environnement Microsoft, sans aucun transit vers des serveurs basés en Chine. L'architecture envisagée reposerait sur un principe où le fournisseur du modèle fournit la « recette » sans avoir accès aux « ingrédients » du client.
La firme de Redmond indique par ailleurs qu'elle aurait encadré cet arbitrage en affinant le modèle et en y ajoutant ses propres garde-fous, afin de compenser d'éventuels compromis sur la capacité brute, la latence ou la maturité des dispositifs de sécurité originaux.
Un contexte géopolitique tendu
Cette orientation intervient dans un climat de surveillance accrue de la part des autorités américaines concernant les liens entre les technologies chinoises et les infrastructures critiques. Le fait que DeepSeek soit un acteur chinois attire l'attention de Washington, qui suit de très près ce type d'intégrations potentielles. La possibilité qu'un modèle chinois soit utilisé dans un produit Microsoft aussi largement diffusé suscite des interrogations, tant au sein de l'administration américaine que parmi les partenaires commerciaux de l'entreprise.
Des relations distendues avec OpenAI
Cette ouverture vers d'autres modèles s'inscrit dans un contexte de « distension » progressive des liens entre Microsoft et OpenAI. Si la société dirigée par Satya Nadella a longtemps été le soutien quasi exclusif d'OpenAI, un accord conclu au mois d'avril 2026 a donné plus de liberté à OpenAI pour nouer des partenariats avec d'autres géants du cloud. Cette liberté s'applique réciproquement à Microsoft, qui ne se tourne plus uniquement vers son allié historique lorsqu'il a besoin de modèles d'IA performants.
Un marché de l'IA en pleine recomposition
L'éventuelle adoption de DeepSeek par Microsoft illustre une tendance plus large de diversification des sources d'approvisionnement en modèles d'IA par les grandes entreprises technologiques. Alors que le marché de l'intelligence artificielle est dominé par les acteurs américains, l'émergence de modèles chinois compétitifs, notamment en matière de coûts, pourrait bouleverser les équilibres établis.
Les analystes du secteur observent que cette stratégie permet également à Microsoft de réduire sa dépendance à un seul fournisseur et de bénéficier d'une plus grande flexibilité tarifaire. Reste à voir si les autorités américaines laisseront cette intégration se concrétiser, ou si des considérations de sécurité nationale viendront freiner ce rapprochement entre un géant américain et une intelligence artificielle chinoise.