La société israélienne Mobileye, filiale du groupe Intel et cotée en Bourse, a officialisé le 16 juin son intention de lancer un service de taxis autonomes aux États-Unis. L'entreprise prévoit de constituer une flotte initiale d'environ 100 véhicules, qui seront déployés dans une grande métropole américaine non précisée à partir de 2027. Cette initiative marque un tournant stratégique pour Mobileye, jusqu'ici positionné comme fournisseur de technologies de conduite autonome pour des constructeurs automobiles et des opérateurs de mobilité.
Une évolution stratégique vers l'exploitation directe
Mobileye construit depuis plus de vingt ans les technologies nécessaires à la conduite autonome, a rappelé son fondateur et directeur général, Amnon Shashua. Il a expliqué que l'entreprise franchit désormais une nouvelle étape en combinant ces technologies avec une exploitation opérationnelle propre, afin de créer un modèle économique de robotaxis conçu pour un déploiement à l'échelle mondiale. « Cette initiative ne remplace pas nos partenariats existants ; elle les prolonge », a-t-il précisé. « Nous restons profondément engagés à équiper les constructeurs et les fournisseurs de mobilité avec Mobileye Drive. En même temps, opérer notre propre service nous permet d'accélérer l'adoption, d'acquérir une expérience opérationnelle directe et de démontrer tout le potentiel de la mobilité autonome. »
Le service s'appuiera sur la plateforme de mobilité Moovit, acquise par Mobileye en 2020, pour la réservation des courses, la coordination des chauffeurs et l'interaction avec les clients. Cette application servira d'interface entre les usagers et la flotte de robotaxis.
Une montée en puissance progressive
Si l'expérience avec la centaine de véhicules déployés en 2027 s'avère concluante, Mobileye prévoit d'étendre sa flotte à environ 17 000 robotaxis dans les cinq années suivantes, soit d'ici 2032. L'entreprise a qualifié la révolution des robotaxis de « naissante » et estime que son potentiel pour transformer les déplacements à travers le monde ne cesse de croître, selon les déclarations de son dirigeant.
Mobileye continuera parallèlement à fournir son système de conduite autonome à d'autres constructeurs et opérateurs, ce qu'elle présente comme une « voie complémentaire d'accès au marché ».
Un historique de partenariats et de projets pilotes
La société a déjà collaboré avec plusieurs acteurs majeurs. Elle travaille notamment avec Lyft, rival d'Uber, qui prévoit de proposer sur son application des véhicules équipés de la technologie FlexDrive de Mobileye à Dallas. Volkswagen teste également des monospaces autonomes ID. Buzz intégrant un logiciel Mobileye. Le constructeur autrichien Benteler a aussi prévu de déployer des navettes sans conducteur en Allemagne en utilisant cette technologie. Mobileye avait par ailleurs mené des projets pilotes avec la RATP à Paris pour le transport d'employés des Galeries Lafayette, et annoncé sans concrétisation effective un service de taxis autonomes avec Sixt à Munich.
Un virage après une rupture avec Tesla
Mobileye s'est fait connaître au milieu des années 2010 en équipant les véhicules Tesla de ses systèmes d'aide à la conduite, utilisés dans le cadre de l'Autopilot. La relation a pris fin en 2016, Mobileye ayant cessé de fournir Tesla en raison d'inquiétudes sur la présentation d'un système d'assistance comme une technologie de conduite sans conducteur. Depuis, l'entreprise a développé le système SuperVision, combinant caméras et capteurs radar, utilisé notamment par Porsche et Polestar.
Avec cette annonce, Mobileye se positionne désormais à la fois comme fournisseur technologique et comme opérateur de services de mobilité autonome, un double rôle qui pourrait le mettre en concurrence directe avec certains de ses partenaires actuels sur le marché américain.