La mode masculine vit une mutation profonde, et Paul Smith en est l'un des artisans les plus écoutés. Le couturier britannique a présenté une collection printemps-été 2027 qui rompt avec la rigidité traditionnelle du costume : les vestes adoptent des coupes plus souples, les matières se font plus légères, et les codes du bureau sont brouillés par des influences puisées dans le sportswear ou le vestiaire décontracté. Cette réorientation, selon le créateur, répond à une demande inattendue venue des jeunes hommes, notamment ceux qui ont passé leur adolescence pendant les périodes de confinement. « Les ados qui ont grandi pendant le confinement réhabilitent le costume », a-t-il expliqué, soulignant que ces générations redécouvrent le vêtement formel en le débarrassant de sa rigidité.

Un tailoring assoupli sur tous les fronts L'approche de Paul Smith n'est pas un cas isolé. Les défilés de la saison printemps-été 2027, tant à Paris qu'à Milan, confirment une tendance lourde : le costume homme desserre les rangs. Chez Dior, Jonathan Anderson a présenté des smokings élargis, avec un motif pied-de-poule imprimé plutôt que tissé, comme pour alléger la veste de cérémonie de son poids formel. Anthony Vaccarello, chez Saint Laurent, a choisi la voie inverse pour aboutir au même résultat : vestes trois boutons raccourcies, pinces aplaties et une palette désaturée. Sarah Burton, chez Givenchy, est allée plus loin en découpant littéralement le costume, retirant les revers tout en conservant la structure de l'épaule. Peter Copping, pour Lanvin, a proposé des manteaux à la nonchalance calculée, tandis que Pharrell Williams, directeur artistique de Louis Vuitton homme, a fait porter le costume comme une combinaison de surf.

Le short et l'accessoire gagnent leurs galons Cette évolution ne se limite pas au tailoring. Le short, longtemps cantonné aux loisirs ou aux vacances, s'invite désormais dans les tenues de ville. Les créateurs le traitent avec la même attention que le pantalon, l'associant à des vestes de costume ou à des blazers en lin. Parallèlement, l'accessoire devient la pièce maîtresse du style contemporain. Chez Saint Laurent, Vaccarell a fixé des boutons dorés directement sur la peau et noué un foulard en guise de collier. Chez Louis Vuitton, la planche de surf a raflé la vedette aux côtés de sacs souples. Dries Van Noten a présenté une pochette noire greffée d'un gant, et Lemaire a laissé de longs colliers à pendentifs en onyx flotter sur des chemises en lin. Même Berluti, maison historiquement associée au cuir et aux accessoires de luxe formels, est revenue sur le terrain du bijou plutôt que du sac à dossiers.

Une jeunesse en quête de repères vestimentaires L'intérêt des nouvelles générations pour le costume, tel que l'observe Paul Smith, s'explique en partie par le choc du confinement. Privés de sorties, de rites de passage et de codes vestimentaires collectifs pendant leur adolescence, ces jeunes hommes cherchent aujourd'hui à s'approprier les attributs de l'âge adulte, mais en les réinterprétant. Le costume devient pour eux un outil d'affirmation de soi, à condition qu'il ne soit pas synonyme d'enfermement ou de conformisme. La souplesse des coupes, l'usage de matières techniques ou naturelles plus fluides, et la possibilité de mélanger les genres — veste structurée sur short, chaussures de sport avec un smoking — répondent à cette exigence de liberté. La Fashion Week de Milan a également illustré cette tendance avec des silhouettes masculines affichant un « chic décontracté », où le raffinement n'exclut pas le confort.

Paul Smith : un retour aux sources ajusté Pour Paul Smith, cette saison marque un retour aux fondamentaux de la maison fondée à Nottingham en 1970, mais ajusté aux attentes contemporaines. Le créateur, connu pour son sens du détail et son goût pour les couleurs vives, a privilégié des teintes plus neutres et des coupes nettes tout en conservant des touches d'originalité — une doublure imprimée, un ourlet relevé, un bouton décalé. Cette recherche d'équilibre entre rigueur et souplesse, entre héritage et modernité, semble faire écho à l'humeur d'une génération qui veut s'habiller avec sérieux sans se prendre au sérieux.

Une saison qui enterre le costume-cravate ? Si la cravate elle-même n'a pas totalement disparu des podiums, elle s'est faite plus rare, remplacée par le foulard, le collier ou le col ouvert. Le vestiaire masculin, pour la saison printemps-été 2027, s'affranchit de ses propres règles. Plus question de porter un costume comme une armure : il devient une seconde peau, modulable, presque décontractée. Les créateurs, de Paris à Milan, semblent avoir collectivement décidé que l'élégance masculine devait enfin respirer.