Une rengaine née il y a quinze ans

Lorsque la sélection de Bosnie-Herzégovine a créé la surprise en éliminant l’Italie en finale des barrages en mars dernier, les supporters ont entonné un refrain que peu de spectateurs hors de la région connaissaient : « Je suis de Bosnie, emmène-moi en Amérique ». Pourtant, ce tube n’est pas une création récente. Il s’agit de la chanson « USA », extraite de l’album « Wild Wild East » sorti en 2011 par le groupe bosnien Dubioza Kolektiv. Le bassiste du groupe, Vedran Mujagic, a expliqué que le morceau n’avait à l’origine aucun rapport avec le football. Il évoque le parcours typique d’un habitant des Balkans qui part chercher une vie meilleure aux États-Unis, avant de se heurter à la réalité de l’exil et de décider de rentrer au pays.

Des tribunes aux réseaux sociaux

Le groupe, qui jouait déjà ce morceau en concert depuis des années, a vu avec stupéfaction les supporters déployer une immense banderole reprenant le slogan « I’m from Bosnia, take me to America » lors du match de barrage aller contre le pays de Galles. « Cela ressemblait presque à de la science-fiction », a confié Vedran Mujagic. La victoire contre les Gallois a ouvert la voie à la finale contre l’Italie, où la chanson était déjà devenue l’hymne officieux des « Dragons ». L’apothéose a eu lieu après la qualification, lorsque plusieurs joueurs ont fait irruption dans la conférence de presse de l’entraîneur Sergej Barbarez en entonnant le tube.

Une version remaniée pour la Coupe du monde

« Dix jours plus tard, nous avons décidé d’enregistrer une version spéciale pour les supporters, avec des paroles modifiées pour coller à l’ambiance du football et aux émotions de la qualification », a précisé le musicien. La nouveauté réside notamment dans l’usage massif du bosnien, alors que l’original était entièrement en anglais. Les nouvelles paroles jouent sur les stéréotypes locaux, encouragent l’équipe nationale et règlent un compte resté ouvert depuis le Mondial 2014 : le but d’Edin Džeko contre le Nigeria, annulé pour un hors-jeu inexistant (les images prouvent qu’il était parfaitement en position régulière, mais l’arbitrage vidéo n’existait pas encore).

Un phénomène viral et international

Si le recours au bosnien aurait pu limiter la diffusion du morceau, il n’en a rien été. Le clip, qui montre les membres du groupe jouant au football dans une cour de quartier, a largement circulé, contribuant à faire de cette chanson ce que certains appellent déjà « l’hymne officieux du Mondial 2026 ». Vedran Mujagic estime que l’authenticité du visuel et l’universalité du thème de l’émigration expliquent cet engouement. La Bosnie-Herzégovine, indépendante depuis 1992, ne participe qu’à sa deuxième Coupe du monde ; la ferveur populaire qui entoure cette qualification a trouvé dans ce titre ancien un exutoire inattendu. Le groupe, qui tourne régulièrement à l’international, voit aujourd’hui son répertoire porté bien au-delà des frontières balkaniques.