Un anniversaire discret pour une marque iconoclaste
Cette semaine, la société Monome, fondée par Kelli Cain et Brian Crabtree, célèbre ses vingt années d'existence. Née d'une approche minimaliste et ouverte, elle a su fédérer une communauté de musiciens, de développeurs et de bidouilleurs autour d'une interface de contrôle emblématique : la grille lumineuse. Pour marquer l'événement, les fondateurs ont mis en ligne un livre photo numérique retraçant l'aventure, accompagné d'un message sur le site dédié. « Cette semaine marque les 20 ans de Monome — notre petite société d'instruments de musique ésotériques qui n'existerait pas sans la curiosité, le soutien et les encouragements de beaucoup d'entre vous, merci ! », écrit Kelli Cain. Elle ajoute : « Une seule photo ne peut capturer l'accumulation de son histoire, mais quelque chose dans cet éclairage poussiéreux planant sur le possible semble une synthèse digne de ce nom. La musique et la création musicale nous ont réunis et le rythme restera à jamais notre motif, notre lumière, notre garde-temps. »
Une influence qui dépasse la taille de l'entreprise
Bien que restée volontairement modeste — l'expression « petit et ésotérique » employée par sa cofondatrice résume bien son positionnement —, Monome a exercé une influence considérable sur l'industrie de la musique électronique. En proposant une grille de boutons rétroéclairés découplant l'affichage de la commande, le concept a ouvert la voie à des interfaces visuelles et tactiles qui ont ensuite été reprises et adaptées par des grands noms comme Novation, Akai ou Ableton. L'idée originale, née d'une approche « purement fonctionnaliste » selon un observateur de l'époque, a redéfini la manière dont les musiciens interagissent avec les logiciels de création sonore.
Un projet pionnier de l'open source musical
Au-delà du matériel, Monome a incarné un modèle de développement ouvert et communautaire. Les utilisateurs étaient invités à patcher et à personnaliser leurs instruments, ce qui a favorisé une culture du partage de code et de conceptions. Cette philosophie a contribué à l'émergence d'un écosystème où la frontière entre concepteur et utilisateur s'est estompée, préfigurant les mouvements actuels de l'open hardware dans le domaine musical.
De Maker Faire aux concerts intimes
L'histoire de Monome a commencé à être documentée dès le printemps 2006, lorsqu'un premier article dédié à la grille a été publié en ligne, peu après sa présentation à la Maker Faire. Les débuts étaient modestes : le prototype de la version 40h a été utilisé pour la première fois en concert par l'artiste Daedelus à San Francisco, dans un petit magasin de musique. Brian Crabtree lui-même était présent pour expliquer le fonctionnement de l'appareil. En août de la même année, lors d'une réunion informelle de créateurs de musique (Handmade Music), le couple a présenté ses créations, Kelli Cain montrant également son projet de circuits souples (le « fuzzy calculator »). Ces rencontres, organisées dans les premiers bureaux d'Etsy, illustrent l'esprit artisanal et convivial qui a présidé aux débuts de l'entreprise.
Vingt ans après, une empreinte toujours vivante
En deux décennies, Monome n'a jamais cherché la croissance à tout prix, mais a maintenu une production limitée et une relation proche avec sa communauté. Ses instruments, produits en petites séries, sont devenus des objets de collection et de référence pour les amateurs de design sonore expérimental. Les célébrations actuelles, sous forme d'une galerie de photos d'archives, invitent à un voyage dans le temps et rappellent la persistance d'une vision qui, sans avoir conquis le grand public, a durablement transformé la pratique de la musique électronique.