La justice a mis un terme aux contestations procédurales. Franck Elong Abé, le prisonnier camerounais accusé d'avoir donné la mort à Yvan Colonna en mars 2022 dans la maison centrale d'Arles, comparaîtra devant la cour d'assises spéciale. Son appel contre la décision de le renvoyer devant cette juridiction a été rejeté par la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Paris.

Les faits remontent au 2 mars 2022. Ce jour-là, Yvan Colonna, figure historique du nationalisme corse incarcéré pour l'assassinat du préfet Claude Érignac, est agressé au gymnase de l'établissement pénitentiaire. Il succombe à ses blessures le 21 mars suivant. L'auteur présumé des coups, Franck Elong Abé, est alors détenu pour des affaires de droit commun et considéré comme radicalisé sur le plan religieux.

L'enquête et l'instruction ont abouti à une qualification criminelle précise : assassinat en relation avec une entreprise terroriste. Cette caractérisation a conduit les magistrats à saisir la cour d'assises spéciale, compétente pour les infractions terroristes. Le mis en cause avait contesté cette orientation en faisant valoir que les éléments recueillis ne justifiaient pas un tel rattachement au terrorisme. La chambre de l'instruction a toutefois estimé que les charges étaient suffisantes pour maintenir le renvoi.

Le procès se tiendra donc devant une cour composée uniquement de magistrats professionnels, sans jury populaire, comme le prévoit la législation pour les actes de terrorisme. Aucune date n'a encore été fixée pour les débats. La phase préparatoire devrait s'étaler sur plusieurs mois avant que l'affaire ne soit examinée au fond.

Cette affaire revêt une dimension politique et mémorielle particulière en Corse. Yvan Colonna reste une personnalité clivante sur l'île, où une partie de la population le considère comme un martyr de la cause indépendantiste. Sa mort en détention avait provoqué une vague d'émotion et des manifestations, des voix s'étant élevées pour dénoncer un manque de protection de la part de l'administration pénitentiaire.

Le procès à venir de Franck Elong Abé devra déterminer les motivations exactes de l'accusé. L'accusation soutient la thèse d'un passage à l'acte terroriste, tandis que la défense avait plaidé pour une qualification moins grave, évoquant un possible conflit entre détenus. La cour d'assises spéciale tranchera sur le fond et, le cas échéant, prononcera une peine.