La justice a définitivement scellé le sort judiciaire de Franck Elong Abé, le détenu radicalisé accusé d'avoir mortellement poignardé Yvan Colonna dans la prison d'Arles. La chambre de l'instruction de la cour d'appel de Paris a rejeté l'appel formé par l'accusé contre son renvoi devant la cour d'assises spéciale, une juridiction compétente pour les crimes terroristes.

Franck Elong Abé, ressortissant camerounais incarcéré pour des faits de terrorisme, est soupçonné d'avoir porté plusieurs coups de couteau à Yvan Colonna le 2 mars 2022, dans l'enceinte de l'établissement pénitentiaire. Le militant indépendantiste corse, condamné à perpétuité pour l'assassinat du préfet Claude Érignac en 1998, avait succombé à ses blessures neuf jours plus tard. Les enquêteurs ont rapidement orienté les investigations vers la piste terroriste, en raison du profil de l'agresseur, connu pour sa radicalisation islamiste.

Un parcours judiciaire contesté

Depuis sa mise en examen, Franck Elong Abé conteste les charges retenues contre lui. Ses avocats avaient notamment plaidé pour que l'affaire soit jugée devant une cour d'assises ordinaire, arguant que les motivations terroristes n'étaient pas établies avec certitude. La défense estimait que le crime relevait d'un conflit personnel entre détenus, et non d'un acte en lien avec une entreprise terroriste. La chambre de l'instruction n'a pas suivi cet argumentaire, confirmant l'ordonnance de mise en accusation rendue en mars 2025 par les juges d'instruction.

La qualification d'« assassinat en relation avec une entreprise terroriste » expose l'accusé à une peine de réclusion criminelle à perpétuité. La cour d'assises spéciale, composée de magistrats professionnels, est seule habilitée à juger ce type d'infraction, ce qui exclut la participation d'un jury populaire.

Un dossier sensible en Corse

L'affaire revêt une dimension politique majeure en Corse, où Yvan Colonna reste une figure emblématique de la lutte indépendantiste. Sa mort en prison avait provoqué de vives tensions sur l'île, avec des manifestations et même des émeutes. Le renvoi devant la cour d'assises spéciale intervient dans ce contexte toujours sensible, alors que des voix s'élèvent régulièrement pour réclamer une clarification complète des circonstances de l'attaque.

Le procès de Franck Elong Abé ne devrait pas se tenir avant plusieurs mois, le temps que la cour d'assises spéciale fixe les dates d'audience. Selon des sources concordantes, l'accusé reste incarcéré à l'isolement dans un quartier de haute sécurité.