La mortalité périnatale, qui regroupe les décès survenant entre 22 semaines d'aménorrhée et les sept premiers jours après la naissance, continue de progresser en France. Les calculs des services statistiques des ministères sociaux indiquent qu'en 2024, ce taux a franchi le seuil des 11 pour 1000 naissances, un niveau sans précédent depuis plusieurs décennies.
Cette hausse intervient dans un contexte démographique déjà marqué par une baisse historique des naissances. En 2025, seulement 643 905 bébés sont nés, soit le plus faible nombre depuis 1942. Les deux phénomènes – effondrement de la natalité et aggravation de la mortalité périnatale – sont toutefois distincts et ne sauraient être confondus.
Un indicateur en détérioration
Les données produites par les services statistiques des ministères sociaux reposent sur les déclarations des établissements de santé et les certificats de décès. Le seuil des 11 décès pour 1000 naissances, atteint en 2024, représente une augmentation notable par rapport aux années précédentes. En 2020, le taux se situait autour de 10,5 pour 1000 ; il était encore inférieur à 10 pour 1000 au début des années 2010.
Les causes de cette aggravation sont multiples. Les experts pointent notamment l'augmentation de l'âge maternel, la progression des grossesses à risque liée à des pathologies chroniques comme l'obésité ou le diabète, et les difficultés d'accès aux soins périnataux dans certaines zones sous-dotées. Des facteurs socio-économiques, comme la précarité croissante de certaines populations, sont également évoqués.
Un signal d'alarme pour les autorités sanitaires
Ce chiffre interpelle les professionnels de santé et les pouvoirs publics, d'autant que la France s'était fixé des objectifs de réduction de la mortalité périnatale dans le cadre de la Stratégie nationale de santé sexuelle et reproductive. Plusieurs rapports récents avaient déjà alerté sur une dégradation des indicateurs périnatals, mais aucun plan d'urgence n'a été annoncé à ce jour.
Les associations de parents et les sociétés savantes de néonatologie réclament un renforcement des moyens alloués aux maternités et aux services de soins intensifs pour nouveau-nés. Elles soulignent que la France, autrefois parmi les meilleurs élèves en Europe, a vu sa position se détériorer.
Corrélations avec la baisse des naissances
Si les deux tendances – baisse du nombre total de naissances et hausse de la mortalité périnatale – ne sont pas directement liées, elles s'inscrivent dans un même contexte difficile pour la périnatalité en France. La diminution du nombre de naissances pourrait être partiellement attribuée à une baisse de la fécondité, mais aussi à une augmentation des interruptions médicales de grossesse pour anomalies graves, parfois liées à des diagnostics prénataux plus précoces.
Cependant, les spécialistes mettent en garde contre toute conclusion hâtive : la hausse de la mortalité périnatale n'est pas mécaniquement causée par la baisse des naissances, et les deux phénomènes doivent être analysés séparément. Il n'en reste pas moins que la conjonction de ces deux mauvaises nouvelles démographique et sanitaire interpelle.
Réactions des acteurs concernés
Plusieurs organisations professionnelles, dont le Collège national des gynécologues et obstétriciens français, ont exprimé leur inquiétude. Dans un communiqué récent, elles appellent à « une mobilisation urgente pour inverser cette tendance » et à « un plan pluriannuel de financement de la périnatalité ». Le ministère de la Santé, interrogé, n'a pas encore communiqué officiellement sur ces nouveaux chiffres.
La hausse de la mortalité périnatale s'inscrit dans un mouvement observé dans d'autres pays européens, même si la France se distingue par une augmentation plus rapide. Des études comparatives sont en cours pour comprendre les spécificités nationales.