La décrue de la natalité se poursuit en France. Selon les chiffres publiés par l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) et la Direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques (Drees), 643.905 bébés sont nés en 2025, soit une baisse de 2,4 % par rapport à l’année précédente. Ce niveau est le plus bas enregistré depuis 1942. Le recul s’inscrit dans une tendance longue : depuis le dernier pic en 2010, les naissances ont diminué de 24 %. Hors Mayotte, le total s’établit à 635.343 naissances.

Ce nouvel indicateur confirme un mouvement amorcé il ya plus de dix ans. Après un recul de 2,8 % en 2024 et de 6,6 % en 2023, la diminution de 2025 semble marquer une relative stabilisation à un niveau bas, sans pour autant inverser la tendance. La baisse est quasi générale sur le territoire : toutes les régions métropolitaines affichent un nombre de naissances en repli. Seules les Pays de la Loire et La Réunion sont parvenus à stabiliser leur chiffre. Mayotte et la Martinique connaissent une très légère progression, de respectivement 2 % et 1 %.

Un solde naturel devenu négatif

Cette évolution démographique s’accompagne d’une bascule historique. En raison du nombre désormais inférieur de naissances par rapport aux décès, le solde naturel de la France est devenu négatif pour la première fois depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Le phénomène, déjà observé dans de nombreux pays européens, marque un tournant pour le pays qui, dans les années 1990, faisait figure de bon élève en matière de fécondité au sein de l’Union européenne.

Si la France conserve l’un des taux de fécondité les plus élevés d’Europe — avec un indicateur conjoncturel de fécondité (ICF) de 1,61 enfant par femme en 2024, derrière la Bulgarie (1,71) —, la tendance est au ralentissement. En 2024, 3,6 millions de bébés sont nés dans l’UE, soit une chute de 19 % en dix ans. L’ICF moyen de l’Union est passé de 1,54 à 1,34 sur la même période. Des pays comme Malte (1,01) ou l’Espagne affichent des taux encore plus bas.

Le recul de l’âge au premier enfant

L’analyse par âge des mères confirme le report de la maternité. Les mères de moins de 35 ans sont de moins en moins nombreuses, même si elles restent majoritaires : elles ont donné naissance à 59 % des nouveau-nés en 2025, contre 64 % en 2014. Le nombre de mères de moins de 25 ans a chuté : 69.400 accouchements en 2025 (11 % du total), contre 111.400 en 2014 (14 %). À l’inverse, les naissances chez les femmes de 35 à 39 ans et chez celles de 40 ans ou plus demeurent stables.

Les projections de l’Insee indiquent que la descendance finale — le nombre d’enfants mis au monde par une génération de femmes à la fin de leur vie féconde — devrait diminuer pour les générations nées à partir de 1990. Pour les femmes nées en 1990, elle est estimée à 1,93 enfant ; pour celles nées en 1995, à 1,74. Jusqu’aux générations nées en 1985, ce chiffre atteignait ou dépassait deux enfants par femme.

Mortalité périnatale en hausse

Parallèlement à cette baisse des naissances, la mortalité périnatale — qui recouvre les enfants nés sans vie ou décédés au cours de leur première semaine de vie — a continué d’augmenter en 2024. Sur 661.822 naissances, 7.398 enfants sont concernés, portant le taux à 11,2 pour 1.000 naissances, contre environ 10,5 pour 1.000 entre 2014 et 2021. Cette proportion « augmente depuis 2021, et plus particulièrement en 2024 », indique la Drees dans son étude.

Plusieurs facteurs expliquent cette hausse. La prématurité est en cause dans 84 % des morts périnatales. Le taux est plus élevé chez les mères de moins de 20 ans (18,1 pour 1.000) et chez celles de 40 ans ou plus (17,6 pour 1.000). Mais ces seuls éléments « n’expliquent que partiellement l’augmentation », souligne la Drees. Les inégalités socio-économiques et territoriales jouent également un rôle : le taux atteint 12 pour 1.000 dans les communes les plus défavorisées, contre 9,5 dans les plus favorisées. En Guadeloupe, il est 2,3 fois plus élevé qu’en Auvergne-Rhône-Alpes (21 contre 9,3 pour 1.000), et dans l’ensemble des outre-mer, il dépasse de 60 % le taux métropolitain.

Perspectives incertaines

Les premiers mois de 2026 confirment la tendance baissière, selon l’Insee. Le gouvernement a mis en place au 1er juillet 2026 un congé de naissance visant à soutenir la natalité, mais son impact sur les chiffres à venir reste à mesurer. La France, longtemps l’un des moteurs démographiques de l’Europe, fait face à un vieillissement accéléré et à une fécondité en berne, dans un contexte de défis économiques et sociaux qui pèsent sur les choix familiaux.