Moscou hausse le ton face à Erevan

La diplomatie russe a annoncé le rappel de son ambassadeur en Arménie, Sergueï Kopyrkine, pour consultations à Moscou. Dans un communiqué, le ministère russe des Affaires étrangères a justifié cette décision par « les mesures prises par la direction arménienne en faveur d’un rapprochement avec l’Union européenne, qui compromettent la coopération au sein de l’Union économique eurasiatique ».

Ce geste intervient au lendemain d’une mise en garde du président russe Vladimir Poutine, prononcée lors d’un sommet de l’Union économique eurasiatique (UEE) à Astana, au Kazakhstan. Le chef de l’État a lié explicitement la situation de l’Arménie à ce qu’il a nommé le « scénario ukrainien », rappelant que le conflit avec Kyiv avait débuté après que l’Ukraine a cherché à se rapprocher de l’Union européenne.

Un sommet Arménie-UE jugé comme un « bond en avant »

Erevan avait accueilli, en mai, un sommet inédit avec l’Union européenne. Bruxelles avait alors qualifié cette rencontre de « bond en avant » dans les relations bilatérales. Ce rapprochement cristallise les tensions avec Moscou, qui considère que l’Arménie ne peut pas être simultanément membre de l’UE et de l’Union eurasiatique, un marché unique comprenant également la Russie, la Biélorussie, le Kazakhstan et le Kirghizistan.

La menace de mesures économiques

Lors du sommet d’Astana, les dirigeants de l’UEE ont estimé que le projet d’Erevan de demander la candidature à l’UE présentait des « risques significatifs » pour leur sécurité économique. Ils ont chargé des fonctionnaires de préparer un rapport sur les « conséquences possibles d’une suspension » de la participation arménienne à l’union.

Par ailleurs, la Russie a averti qu’elle pourrait interrompre les livraisons de gaz naturel à prix réduit vers l’Arménie et interdire les importations de cognac, de fruits et de légumes arméniens. Selon M. Poutine, de telles mesures pourraient faire perdre au moins 14 % du PIB à l’Arménie.

Les causes du divorce stratégique

Les relations entre Erevan et Moscou se sont dégradées après que l’Arménie a estimé que la Russie et ses alliés ne l’avaient pas soutenue lors des conflits de 2020 et 2023 contre l’Azerbaïdjan, qui ont conduit à la dissolution effective de la république autoproclamée du Haut-Karabakh. Ce sentiment d’abandon a poussé le gouvernement arménien à opérer un virage vers l’Occident. Sur le plan économique, l’Arménie reste liée à la Russie, mais ses autorités estiment que l’adhésion à l’UE offrirait de nouvelles perspectives de développement.

Quelle suite pour Erevan ?

Vladimir Poutine a également appelé à l’organisation rapide d’un référendum en Arménie pour que les citoyens choisissent entre le maintien dans le bloc eurasiatique ou l’avancée des négociations d’adhésion à l’Union européenne. Aucune date n’a été annoncée par Erevan à ce stade. L’Arménie se trouve ainsi à un carrefour diplomatique et économique, sommée de trancher entre deux unions dont l’une constitue son allié historique et l’autre, une porte vers une intégration occidentale.