Le duo allemand Mouse on Mars, formé par Andi Toma et Jan St Werner, continue de tracer une trajectoire artistique aussi imprévisible qu’influente. À l’occasion de la sortie prochaine d’une installation audio spatiale conçue à partir de sessions enregistrées avec le regretté producteur jamaïcain Lee « Scratch » Perry, les deux musiciens livrent un regard rétrospectif sur trente années de carrière et sur leur méthode de travail, qu’ils décrivent comme une attente patiente du « plan » à venir.
« Nous attendons que le plan vienne à nous », résume Jan St Werner, professeur de musique pop à l’Université des arts de Folkwang, à Essen. Cette approche, qui consiste à laisser les idées émerger plutôt que de les forcer, a guidé le duo depuis ses débuts. Le résultat des sessions avec Lee Perry, décédé en 2021, est une œuvre immersive qui exploite la « spatialisation du son », un procédé que le duo explore depuis plusieurs années.
Un album né d’une rencontre fugace
L’installation, qui sera présentée dans un lieu encore non dévoilé, repose sur les enregistrements réalisés lors d’une brève mais intense collaboration avec le dubmaster. « Nous n’avons eu qu’à couper un peu autour », explique Toma, évoquant la manière dont les interventions de Perry se sont intégrées naturellement à la trame sonore. Le duo insiste sur le caractère unique de cette rencontre : Perry, connu pour son approche spontanée et mystique, a improvisé des paroles et des effets sonores qui ont directement façonné la direction du projet.
Si l’album proprement dit n’est pas encore annoncé, l’installation spatiale constitue un avant-goût de ce à quoi les auditeurs peuvent s’attendre. Le duo travaille régulièrement avec des formats alternatifs, refusant de se limiter au simple disque. Depuis leurs premiers albums dans les années 1990, Mouse on Mars a toujours mêlé electronica abstraite, glitch, pop déconstruite et influences dub, devenant une référence de la scène expérimentale allemande.
La routine comme moteur créatif
Malgré la réputation d’insaisissabilité du groupe, la conversation avec Toma, St Werner et leur collaborateur de longue date, le percussionniste Dodo NKishi, révèle un quotidien studieux. Leur studio, niché dans une cour du quartier berlinois de Kreuzberg, est un laboratoire sonore où les discussions sur la qualité du jus de fruit apporté par NKishi peuvent déraper vers des digressions techniques – comme la possibilité de « resynthétiser médicolégalement » le passé à partir d’archives audio.
Cette liberté d’association, loin d’être anecdotique, est au cœur de leur processus. St Werner estime que l’improvisation et l’errance intellectuelle sont nécessaires à la création : « Cela n’a rien d’agréable, mais c’est ce qui nous permet de trouver des sons inattendus. »
Une influence qui traverse les générations
En trente ans, Mouse on Mars a influencé des artistes aussi divers que Radiohead, Björk ou les producteurs de la scène électronique contemporaine. Le duo a repoussé les limites de la musique électronique en intégrant des instruments acoustiques, des synthétiseurs modulaires et des algorithmes de composition générative. Leur travail avec Lee Perry s’inscrit dans cette logique de croisement des genres, reliant le dub analogique des années 1970 aux technologies numériques les plus avancées.
L’installation spatiale, qui promet d’immerger le public dans une « forêt sonore », pourrait être dévoilée dans les mois à venir. En attendant, Mouse on Mars continue de tourner et de composer, sans jamais dévoiler la prochaine étape de leur plan – si tant est qu’ils en aient un.