Deux nouvelles exécutions ciblées ont ébranlé la scène politique mozambicaine ces dernières semaines. Le 9 mai 2026, Anselmo Vicente, coordinateur local du parti ANAMOLA (Alliance nationale pour un Mozambique libre et autonome) à Chimoio, dans la province centrale de Manica, a été abattu par balle devant son domicile. La police a indiqué qu’il rentrait d’une réunion de son parti. Six jours plus tard, le 15 mai, un autre membre du même mouvement, Pedro Chauke, a été tué chez lui dans la province méridionale de Gaza. Des témoins ont décrit les assaillants comme « impitoyables et professionnels ».
Ces homicides s’inscrivent dans une escalade de violences qui cible particulièrement les soutiens de l’ANAMOLA, formation créée par l’opposant Venancio Mondlane après le scrutin controversé du 9 octobre 2024. Depuis la fondation du parti en août 2025, selon Mondlane, 56 de ses membres auraient été tués. Le mouvement dit avoir recensé 436 incidents violents, incluant agressions et incendies criminels.
Des accusations de « pelotons d’exécution »
Venancio Mondlane, qui avait dénoncé des fraudes massives lors de la présidentielle et mené des manifestations nationales, pointe directement les autorités. Il affirme que le gouvernement, la police et la justice sont « au moins en partie responsables » de ces violences. « L’État est complice de ces meurtres », a-t-il déclaré, ajoutant que son parti a remis des preuves aux autorités sans qu’aucune suite judiciaire n’y soit donnée.
Depuis plusieurs années, des militants, des journalistes et des organisations de défense des droits humains alertent sur l’existence présumée de « pelotons d’exécution » au sein des forces de sécurité mozambicaines. Ces unités, souvent liées à la police et à d’autres agences proches du parti au pouvoir, le Front de libération du Mozambique (FRELIMO), seraient chargées d’intimider ou d’éliminer les voix critiques. Les allégations se sont multipliées à partir de 2015, rappelant les violences de la guerre civile (1977-1992) qui avait opposé le FRELIMO aux rebelles de la RENAMO.
Le gouvernement rejette les accusations
De son côté, le parti au pouvoir refuse toute responsabilité. Dias Letela, porte-parole du groupe parlementaire FRELIMO, a qualifié ces meurtres de « cas isolés » qui doivent être traités par la justice. « L’objectif est de traduire les coupables devant les tribunaux », a-t-il affirmé, tandis que l’exécutif se désolidarise totalement des assassinats.
L’inquiétude gagne les autres partis
L’ANAMOLA ne dispose d’aucun siège au Parlement, où le FRELIMO détient 171 des 250 sièges depuis l’indépendance en 1975. Mais la crainte s’étend aux trois formations d’opposition représentées à l’Assemblée : le PODEMOS (Parti optimiste pour le développement du Mozambique), la RENAMO et le MDM (Mouvement démocratique du Mozambique).
Une députée du MDM, Judite Macuacua, a dénoncé devant les parlementaires un problème systémique. Selon elle, les voix discordantes sont impitoyablement réprimées par l’ancien mouvement marxiste de libération qu’est le FRELIMO, au besoin par la force. « Quiconque refuse de suivre la ligne officielle peut encourir une condamnation à mort au Mozambique », a-t-elle averti.
Alors que les violences s’intensifient, la société civile mozambicaine et une partie de l’opposition réclament une enquête indépendante sur ces exécutions. Aucune annonce en ce sens n’a encore été faite par les autorités de Maputo.