Une violente explosion survenue dimanche 31 mai dans le village de Kaung Tat, dans l'État Shan, a provoqué la mort de plusieurs dizaines de personnes selon des sources concordantes. L'incident, qui s'est produit vers 12 h 30 (heure locale) dans une zone frontalière de la Chine, a ravagé plusieurs habitations et laissé les secouristes face à un bilan encore provisoire.

Des bilans divergents mais un nombre élevé de victimes

Le nombre exact de victimes n'a pas été officiellement arrêté. Des médias locaux et des témoignages de secouristes évoquent des chiffres différents. Le site d'information The Irrawaddy a rapporté qu'au moins 46 personnes avaient perdu la vie, parmi lesquelles six enfants, et que plus de 70 autres avaient été blessées. De son côté, un secouriste de l'agence Shwe Phee Myay a avancé le chiffre de 55 morts. Selon des sources citées par l'Associated Press, le nombre de décès se situerait entre 40 et 46, dont des enfants ; d'autres sources citées par l'AFP mentionnent une fourchette allant de 46 à 59 morts. Les opérations de recherche se poursuivent sous les décombres. L'hôpital de Namhkam a signalé une grave pénurie de produits sanguins pour soigner les blessés.

Un dépôt d'explosifs destinés aux mines en cause

L'explosion a eu lieu dans un dépôt contenant de la gélignite, un explosif utilisé dans les sites miniers et les carrières de pierre, selon un communiqué publié par l'Armée de libération nationale ta'ang (TNLA) sur sa page Facebook et sur son canal Telegram. Cette organisation rebelle, qui contrôle la zone depuis une offensive majeure lancée fin 2023, a précisé que les explosifs étaient gérés par son département économique et servaient aux opérations d'extraction. La gélignite, largement employée dans l'industrie minière, peut devenir très instable si elle est conservée dans de mauvaises conditions. Les dégâts ont été considérables : des images diffusées montrent un immense panache de fumée suivi d'explosions secondaires, et plusieurs bâtiments ont été entièrement détruits.

La réaction des autorités rebelles

Dans ses déclarations, la TNLA a exprimé ses condoléances aux familles des victimes et annoncé l'ouverture d'une enquête approfondie pour déterminer les causes exactes du drame. Le groupe a affirmé que les responsables seraient tenus pour comptables. La région de Namhkam, riche en mines de rubis, est connue pour ses activités extractives. Le groupe rebelle, membre de l'Alliance des trois fraternités, a signé un cessez-le-feu avec l'armée birmane en octobre dernier, sous la médiation de la Chine. Les relations demeurent toutefois tendues, et cette zone est l'un des foyers du conflit qui oppose la junte militaire, au pouvoir depuis le coup d'État de 2021, à de multiples groupes armés pro-démocratie ou ethniques.

Le contexte du conflit au Myanmar

L'explosion survient dans un climat de guerre civile généralisée. Depuis la prise du pouvoir par l'armée en février 2021, qui a renversé le gouvernement élu d'Aung San Suu Kyi, le pays est en proie à une insurrection multiforme. La junte fait face à une résistance armée de la part de milices pro-démocratie et de nombreuses organisations ethniques, comme la TNLA, qui réclament une plus grande autonomie. L'État Shan, frontalier de la Chine et de la Thaïlande, est un théâtre récurrent d'affrontements. La télévision publique chinoise CCTV a relayé l'information, confirmant le nombre élevé de victimes et l'importance des destructions matérielles.

Alors que les secouristes continuent de fouiller les ruines et que les hôpitaux locaux manquent de moyens, cet accident relance les questions sur la sécurité du stockage des explosifs dans un contexte de conflit armé où le contrôle des territoires est fragmenté.