Un vif débat agite le Dartmoor, dans le sud-ouest de l'Angleterre, où la possible mise à mort d'une partie importante des poneys semi-sauvages qui peuplent la lande suscite l'indignation. L'agence publique Natural England, chargée de la conservation de la nature, et des députés britanniques demandent une révision des règles encadrant le pâturage sur la lande, qui pourraient, selon des associations, entraîner l'élimination de près de 90 % des poneys.
Des chiffres en nette diminution
Les poneys du Dartmoor, présents sur le site depuis environ 4 500 ans, ont vu leur population chuter de manière spectaculaire. D'après la Dartmoor Hill Pony Association (DHPA), ils étaient environ 6 000 à 7 000 individus au début du siècle ; aujourd'hui, moins d'un millier d'entre eux subsistent sur la lande.
Des contrats agricoles en cause
Au cœur du litige se trouvent les nouveaux contrats agroenvironnementaux mis en place par Natural England. Ces dispositifs, qui versent des aides financières aux agriculteurs pour un pâturage favorable à la biodiversité, incluent désormais les poneys dans les comptages de bétail. Les associations de défense des poneys estiment que ces contrats imposent des réductions de cheptel allant de 56 % à 89 %, ce qui contraindrait les éleveurs, détenteurs de droits de pacage sur les communaux, à choisir entre des moutons et des bovins commerciaux et les poneys dont ils assurent traditionnellement la garde.
Joss Hibbs, secrétaire de la DHPA qui représente les éleveurs, a averti que cette approche risquait d'être dévastatrice. « Si les éleveurs choisissent le bétail commercial pour gagner leur vie, les poneys seront perdus ; s'ils choisissent les poneys, leurs exploitations deviendront non viables et disparaîtront, ce qui entraînera également la perte des poneys qu'ils protègent », a-t-elle déclaré. Elle a ajouté que l'efficacité environnementale de ces coupes était douteuse, les précédentes réductions n'ayant pas amélioré la biodiversité.
L'association caritative Friends of the Dartmoor Hill Pony, basée dans le Devon, réclame une protection juridique à long terme des troupeaux restants, en reconnaissance de leur statut rare, ainsi qu'une taille de troupeau distincte et convenue pour l'ensemble de la lande, comme c'était le cas avec les précédents contrats. Les militants plaident également pour que Natural England attende les conclusions du groupe de gestion de l'utilisation des terres (Land Use Management Group), chargé de mettre en œuvre les recommandations d'une revue commandée par le gouvernement en 2023, qui doit élaborer un plan d'utilisation des terres pour le Dartmoor d'ici 2027.
Réactions politiques et assurances gouvernementales
La cheffe du parti conservateur, Kemi Badenoch, a vivement critiqué la situation, qualifiant les propositions de « folie totale » de la part d'une « agence quasi autonome non élue ». Elle a accusé le Premier ministre Keir Starmer de se diriger vers « l'abattage massif des poneys du Dartmoor ».
En réponse, une porte-parole du 10 Downing Street a fermement démenti tout projet d'abattage. « Ce gouvernement n'autorisera pas un abattage des poneys du Dartmoor et nous ne gérons pas les populations de poneys sauvages par l'abattage dans ce pays », a-t-elle affirmé. Elle a précisé que Natural England n'avait « pas recommandé d'abattage des poneys du Dartmoor », qu'il n'avait « pas le pouvoir d'en ordonner un » et qu'il n'en avait « conseillé aucun ». Elle a également souligné le rôle « vital » des poneys dans la santé des habitats de la lande et leur place dans le paysage culturel.
Natural England a pour sa part insisté sur sa volonté de maintenir les effectifs de poneys semi-sauvages sur la lande « pour les générations à venir ». Un porte-parole du ministère de l'Environnement, de l'Alimentation et des Affaires rurales (Defra) a précisé que, conformément à la revue indépendante de la gestion des sites protégés sur le Dartmoor, le gouvernement travaillait avec des partenaires, dont la Dartmoor Hill Pony Association, pour assurer le maintien des poneys.
Une menace pour la biodiversité
Les défenseurs des poneys mettent en garde contre les conséquences de leur disparition sur l'écosystème. Joss Hibbs a souligné que les poneys sont les meilleurs brouteurs pour lutter contre la « monoculture » de la molinie, une graminée qui a envahi la lande. Leur retrait risquerait donc d'appauvrir davantage la biodiversité du site. L'association affirme que les coupes précédentes, dont les poneys étaient protégés, n'ont pas eu les bénéfices environnementaux escomptés.
Le débat est désormais porté sur la place publique, alors que les acteurs locaux et nationaux cherchent une solution pour concilier les objectifs de conservation de la nature, la viabilité économique des exploitations agricoles et la préservation d'une race emblématique du patrimoine britannique.