Le 5 juin 2026, la législature de l'État de New York a adopté un texte instaurant un moratoire d'un an sur la délivrance de nouveaux permis pour les centres de données de grande envergure. Ce projet de loi, désormais transmis à la gouverneure Kathy Hochul pour signature, ferait de New York le premier État américain à imposer un tel gel.
Le texte, présenté par ses promoteurs comme un ensemble de mesures pour un « développement responsable des centres de données », ne se limite pas à une simple suspension. Outre l'arrêt temporaire des autorisations, il prévoit plusieurs dispositions complémentaires.
Étude d'impact obligatoire et nouveau tarif régulé
Le département de la Conservation de l'environnement de l'État devra produire un rapport détaillant les conséquences prévisibles de chaque projet, en matière de consommation d'eau, d'électricité et de retombées fiscales locales. Par ailleurs, la Commission de service public, autorité de régulation des utilities, est chargée de créer une catégorie tarifaire distincte spécifiquement réservée aux grands centres de données.
Cette mesure répond à une préoccupation centrale : actuellement, ces infrastructures paient les mêmes tarifs que les autres clients commerciaux. Le coût des travaux de renforcement du réseau électrique nécessaire à leur approvisionnement se trouve ainsi réparti sur l'ensemble des factures des consommateurs, ce que les parlementaires entendent corriger.
Exigences salariales et normes énergétiques
Le dispositif législatif impose également le respect des salaires en vigueur (prevailing wage) pour les ouvriers du bâtiment travaillant sur les sites des centres de données. Il fixe aussi des normes obligatoires d'efficacité énergétique pour toute installation construite après la levée du moratoire.
Genèse et compromis politique
La pression en faveur d'un moratoire s'est accrue avec l'essor de l'intelligence artificielle en 2024 et 2025, qui a multiplié les besoins énergétiques des centres de données. Des versions antérieures du texte, notamment l'une co-parrainée par la sénatrice Liz Krueger, prévoyaient une pause de trois ans et quatre-vingt-dix jours, assortie d'un examen environnemental complet. Ces premières moutures citaient des données montrant que l'intensité carbone des centres de données new-yorkais est supérieure de 48 % à la moyenne nationale.
Des groupes de défense comme Food and Water Watch et le New York Public Interest Research Group ont milité pour une interruption, estimant que l'État devait anticiper les problèmes avant qu'ils ne deviennent irréversibles. À l'approche de la fin de la session législative, au début du mois de juin 2026, les différentes propositions concurrentes ont été fusionnées en un texte unique plus ciblé, d'une durée d'un an. Ce calendrier resserré reflétait une nécessité politique : les élus démocrates des deux chambres reconnaissaient devoir montrer aux électeurs une action concrète sur le coût de l'énergie avant les élections de novembre.
La gouverneure reste réservée
La gouverneure Kathy Hochul, qui brigue un nouveau mandat, a exprimé des réserves quant à un moratoire à l'échelle de l'État, estimant que les décisions devraient revenir aux municipalités. Elle ne s'est pas encore prononcée sur la signature ou le veto du texte. Le président de l'Assemblée, Carl Heastie, a quant à lui déclaré aux journalistes que la législature avait l'intention d'adopter cette mesure.
Les factures d'électricité en hausse, imputées par les parlementaires à la consommation énergétique des infrastructures dédiées à l'intelligence artificielle, sont au cœur du mécontentement des résidents. Ce vote constitue une première brèche visible dans la relation entre une industrie technologique en plein essor et les communautés qui en subissent les conséquences financières et environnementales.