L'État de New York a engagé une action en justice d'envergure contre plusieurs grands groupes chimiques et manufacturiers, dont 3M, DuPont, Chemours et Corteva, pour leur rôle dans la fabrication et la commercialisation de produits contenant des substances per- et polyfluoroalkylées (PFAS), souvent surnommées « polluants éternels ». La plainte, déposée le 9 juillet 2026 par le bureau de la procureure générale Letitia James, accuse ces entreprises d'avoir enfreint les droits des New-Yorkais à un air et à une eau purs, ainsi que les lois sur la protection des consommateurs.
Des risques sanitaires connus et cachés
Selon la plainte, les industriels mis en cause ont continué à exposer les consommateurs à des produits dangereux bien après avoir eu connaissance des dangers liés aux PFAS. Ces substances, utilisées dans des articles aussi variés que les poêles antiadhésives, les cosmétiques, le fil dentaire, les emballages alimentaires et même certains vêtements de sport, sont associées à un risque accru de cancer, de troubles métaboliques, de baisse de la fertilité chez les femmes et de retards de développement chez les enfants, selon l'Agence américaine de protection de l'environnement (EPA). Les PFAS ne se dégradent pas et s'accumulent à la fois dans l'environnement et dans l'organisme. Les Centres pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC) estiment que la quasi-totalité de la population américaine en porte des traces dans le sang.
« Les grandes entreprises comme 3M et DuPont ont sciemment vendu des produits toxiques qui ont menacé la santé des New-Yorkais et pollué notre environnement pendant des décennies », a déclaré Letitia James dans un communiqué. « Il est temps qu'elles paient pour les dommages qu'elles ont causés. » La plainte affirme également que les sociétés ont commis une fraude persistante en omettant d'avertir le public des risques sanitaires et environnementaux de leurs produits.
Une action judiciaire qualifiée de « retentissante »
Judith Enck, présidente du groupe de défense Beyond Plastics et ancienne responsable de l'EPA, a salué cette initiative. « Il existe un corpus scientifique très bien documenté démontrant que ces produits chimiques provoquent de graves dommages pour la santé », a-t-elle indiqué. « C'est une action en justice retentissante qui devrait tenir ces entreprises responsables des immenses préjudices causés par leurs produits. »
Les PFAS – qui désignent une famille de plusieurs milliers de composés chimiques – ont d'abord été salués pour leur capacité à repousser l'eau et les graisses. Mais leur persistance dans l'environnement leur a valu le surnom de « polluants éternels ». On les retrouve désormais chez les animaux sauvages et jusque dans l'eau potable de nombreuses communautés. La plainte de l'État de New York vise à obtenir réparation pour les atteintes à l'environnement et à la santé publique.
Un précédent juridique en pleine expansion
Cette action s'inscrit dans une série croissante de poursuites intentées par des États américains contre les fabricants de PFAS. En 2023, le Texas avait ouvert une enquête sur Lululemon pour la présence présumée de ces substances dans ses vêtements de sport, et d'autres États ont engagé des procédures similaires. La décision de New York pourrait faire jurisprudence, d'autant que la science établit de plus en plus clairement les liens entre l'exposition aux PFAS et des pathologies graves. Les entreprises visées, qui réalisent des milliards de dollars de chiffre d'affaires, n'ont pas encore réagi publiquement à ce nouveau contentieux.
Des implications économiques et environnementales majeures
Au-delà des dommages sanitaires, la plainte souligne l'impact écologique des PFAS. Ces substances contaminent les sols, les nappes phréatiques et les cours d'eau, entraînant des coûts de dépollution considérables. L'État de New York demande réparation pour les frais engagés afin de nettoyer les sites pollués, ainsi que des mesures visant à empêcher la poursuite de cette contamination. Les défenseurs de l'environnement espèrent que cette action encouragera d'autres collectivités à se joindre à la lutte contre ce qu'ils considèrent comme l'un des plus grands scandales sanitaires et environnementaux du XXIe siècle.