Décès confirmé et causes officielles

Le gouvernement nicaraguayen a annoncé le 31 mai 2026 le décès de Brooklyn Rivera, leader indigène, homme politique et militant, survenu à l'âge de 73 ans. Selon les autorités, la mort est imputable à une infection bactérienne consécutive à un épisode de Covid-19. Le ministère de l'Intérieur avait déjà divulgué, le 27 mai, des photographies montrant Rivera allongé sur un lit d'hôpital à Managua, intubé et visiblement amaigri. Son état était alors qualifié de « délicat », avec une défaillance multiviscérale, une cirrhose du foie et une infection pulmonaire active, nécessitant une ventilation mécanique par trachéotomie et une alimentation intraveineuse.

Trois années de détention sans visibilité

Brooklyn Rivera avait été arrêté en septembre 2023 après être rentré clandestinement au Nicaragua. Il vivait dans la clandestinité depuis qu'un forum des Nations unies sur les peuples autochtones, auquel il avait participé à Genève en avril 2023, lui avait valu une interdiction de retour sur le territoire. Inculpé pour des faits de terrorisme — accusation que ses soutiens qualifient de motivation politique — il a passé près de trois ans dans les geôles de l'État, sans aucun contact avec l'extérieur. Sa famille n'a jamais été autorisée à lui rendre visite, et son incarcération n'avait fait l'objet d'aucune confirmation officielle jusqu'à la diffusion des clichés du 27 mai.

« Personne n'a eu de ses nouvelles depuis ce moment-là. Le gouvernement n'a jamais donné la moindre indication. C'était une personne disparue », a déclaré Reed Brody, membre du Groupe d'experts des Nations unies sur les droits de l'homme au Nicaragua, en référence à l'arrestation de 2023.

Un empoisonnement politique dénoncé

La version officielle, qui attribue la mort à une maladie, suscite un profond scepticisme parmi les organisations de défense des droits humains. Reed Brody a estimé, avant même l'annonce du décès, que l'État portait la responsabilité des souffrances du leader indigène. « S'il est mort, on ne peut pas dire que la cause en est la maladie. La cause, c'est qu'il était en détention gouvernementale dans des conditions de disparition forcée pendant plus de deux ans, privé de tout contrôle médical indépendant. Il n'y a pas d'autre façon de lire cela », a-t-il écrit.

Washington a également réagi avec fermeté. Le département d'État américain a « exigé sa libération inconditionnelle » dans un message publié sur les réseaux sociaux et a directement mis en cause les dirigeants nicaraguayens pour « leur rôle unique dans son traitement cruel ». Le texte ajoute : « Cette répression, cette violence et cette inhumanité sont abjectes ; nous réitérons notre appel à sa libération inconditionnelle et à celle de tous les prisonniers politiques, MAINTENANT. »

Un parcours de lutte pour les droits autochtones

Membre du peuple Miskito, Brooklyn Rivera a consacré sa vie à la défense des terres ancestrales de sa communauté, situées sur la côte nord-est du Nicaragua. Cette région est convoitée par les entreprises et le gouvernement pour ses importantes réserves d'or, d'argent et d'autres ressources. Dans les années 1980, il avait combattu le premier régime sandiniste (1979-1990) à la tête du groupe armé Misurasata. Après un exil au Costa Rica puis en Colombie, il a cofondé le parti indigène Yamata, qui a permis d'obtenir une autonomie limitée pour les peuples autochtones à l'issue de négociations de paix.

De retour au pouvoir en 2007, Daniel Ortega a renforcé son emprise sur l'État, notamment en modifiant la Constitution pour hisser son épouse Rosario Murillo au rang de coprésidente. Sous leur direction, le Nicaragua est régulièrement accusé de violations des droits humains : arrestations, tortures, exils forcés et déchéances de nationalité frappent les opposants.

Un contexte de répression accrue

La mort de Brooklyn Rivera s'inscrit dans une série d'actes répressifs visant les voix dissidentes. En janvier 2026, Managua avait libéré plusieurs dizaines de prisonniers sous la pression de l'administration Trump. En juin 2025, un éminent dissident nicaraguayen avait été abattu alors qu'il vivait en exil au Costa Rica. En juillet 2025, un vétéran sandiniste et allié d'Ortega avait été arrêté dans le cadre d'une enquête pour corruption. Ces événements illustrent la mainmise du couple présidentiel sur les institutions et l'absence totale d'indépendance de la justice.

Le décès de Rivera, annoncé après des jours d'attente et de mobilisation internationale, risque d'alimenter les critiques déjà virulentes contre le régime de Managua, alors que les appels à une enquête indépendante se multiplient.