L’ancienne Première ministre écossaise Nicola Sturgeon a déclaré se sentir comme si elle « purgeai(t) une peine pour un crime que je n’ai pas commis », après que son ex-mari, Peter Murrell, a reconnu avoir détourné plus de 400 000 livres sterling du Parti national écossais (SNP) – formation qu’elle a dirigée durant plusieurs années. Ses propos ont été tenus dans un entretien accordé à une émission dominicale de la BBC, diffusé le 31 mai.

Des larmes et une défense sans concession

Au cours de cet échange, Sturgeon, visiblement émue, a eu du mal à retenir ses larmes en évoquant un collier que lui avait offert Murrell. Cet objet, acheté pour plus de 400 livres, s’est révélé avoir été financé avec de l’argent soustrait au parti. Refusant de présenter des excuses, elle a répondu à son interlocutrice : « Je ne suis pas responsable des crimes que mon ex-mari a commis et je ne vais pas m’excuser pour les crimes d’une autre personne. »

Elle a par ailleurs insisté sur le fait qu’elle ignorait tout des malversations de son ancien époux, perpétrées entre 2010 et 2022. « Il a trompé. Il a menti », a-t-elle ajouté, soulignant que Murrell purge sa peine pour « un crime qu’il a commis », tandis qu’elle se trouve « dehors », avec l’impression de subir une sanction pour un délit dont elle n’est pas l’autrice.

Une affaire qui secoue le SNP

Ancien directeur exécutif du SNP, Peter Murrell a plaidé coupable le 25 mai devant la Haute Cour d’Édimbourg. Il avait puisé dans les caisses du parti pour financer un train de vie personnel coûteux : un camping-car de luxe, un véhicule tout-terrain Jaguar, une Volkswagen Golf, des cosmétiques haut de gamme, des tablettes numériques et une parure de poivrier-salière en cristal Lalique d’une valeur de 2 618 livres. L’ancien époux de Nicola Sturgeon a été placé en détention provisoire en attendant sa peine, le 23 juin. Il encourt une longue période d’emprisonnement.

Sturgeon, cheffe du gouvernement écossais de 2014 à 2023 et longtemps leader du SNP, partageait, à ce titre, la responsabilité de la surveillance des comptes du parti. Son arrestation en juin 2023, dans le cadre de l’enquête baptisée « Opération Branchform », n’a pas abouti à des poursuites, contrairement à celle de Murrell. Elle a toutefois été interrogée par les enquêteurs avant d’être libérée sans mise en accusation.

« Je ne vais pas contribuer à cette culpabilisation »

Interrogée sur son éventuelle responsabilité, malgré l’absence de charges, Sturgeon a affirmé qu’elle assumait ses propres actes et décisions, mais qu’elle refusait d’être tenue pour complice des méfaits de son ex-mari. « Pour mon propre bien, mais aussi pour celui de beaucoup de femmes qui se retrouvent blâmées pour les actions des hommes de leur vie, je ne vais pas contribuer à cette espèce de sentiment que je suis responsable des crimes d’une autre personne », a-t-elle développé.

Elle a également confié que l’idée d’avoir porté des bijoux acquis avec les fonds du parti provoquait chez elle une « douleur », un « égarement » et une « perplexité » profonde. « Je ne suis pas certaine de parvenir un jour à vraiment accepter cela », a-t-elle confié, les larmes aux yeux.

Conséquences politiques

Cette affaire intervient dans un contexte politique tendu pour le SNP, qui doit faire face à deux élections législatives partielles au Royaume-Uni en juin prochain, dans les circonscriptions d’Aberdeen South et d’Arbroath & Broughty Ferry. La formation indépendantiste écossaise est également soumise à des demandes récurrentes d’ouverture d’une enquête indépendante sur sa gestion financière. Le Premier ministre écossais actuel, John Swinney, a pour sa part rejeté l’idée d’une commission d’enquête parlementaire sur ce scandale.

L’ancienne dirigeante, qui a affirmé avoir été « trompée, trahie et abusée de confiance » par son ex-époux, maintient donc sa version et refuse toute forme de culpabilité collective.