L’explosion de la demande en semi-conducteurs liée à l’essor de l’intelligence artificielle transforme l’économie sud-coréenne et, avec elle, le langage courant. Le pays, qui produit plus de 60 % des puces mémoire mondiales, a vu son indice boursier de référence, le Kospi, plus que doubler en l’espace d’un an, générant des milliards de dollars de valeur supplémentaire. Certains salariés du secteur sont même promis à des primes à six chiffres. Cette manne suscite un engouement qui se manifeste dans les conversations familiales, les pauses-cigarette ou les parties de jeu en ligne. En 2026, l’humeur sociale et politique du pays, très connecté, se lit à travers un florilège de néologismes et de mèmes.
Des termes pour désigner les géants et les investisseurs
Parmi les expressions les plus répandues figure « Samjeonnix », un mot-valise qui désigne les deux grands fabricants locaux de puces : Samsung Electronics et SK Hynix. Les investisseurs, eux, ont adopté des formules presque incantatoires. Quand la foi dans les actions de semi-conducteurs vacille, certains prononcent « Sam-men, Ha-men », contraction des noms des deux entreprises, comme une prière pour conjurer le mauvais sort ou espérer un rebond.
« Silicon-collar » : un sentiment de piège financier
L’expression « silicon collar » (col de silicium) décrit une situation inédite : celle de l’investisseur qui se sent prisonnier de ses titres de semi-conducteurs, incapable de les vendre de peur qu’ils ne grimpent immédiatement après son départ. Ce sentiment de dépendance angoissante traduit la volatilité et l’attraction irrésistible du secteur.
Le code vestimentaire du succès
Pour afficher sa position, un nouveau code vestimentaire émerge. Porter une veste floquée du logo « SK Hynix » ou un T-shirt Nvidia est devenu un signe de réussite et d’appartenance, bien plus valorisé qu’un costume sur mesure ou une montre de luxe. Les marques de sportswear haut de gamme comme Arc’teryx sont également citées comme un attribut de ceux qui ont profité de la manne.
L’immobilier et l’éducation bouleversés
Les habitudes immobilières évoluent aussi. Alors que les appartements proches des stations de métro étaient traditionnellement les plus recherchés, ce sont désormais les logements situés à proximité des arrêts de bus de navettes d’entreprise qui gagnent en popularité, signe que les employés des grandes usines de semi-conducteurs privilégient les trajets vers leurs lieux de travail.
Le boom affecte même le système éducatif, pourtant déjà très compétitif. Un nouvel acronyme circule : « Ha-eui-chi-han-yak-su ». Il désigne une liste de filières d’études considérées comme les plus prometteuses pour intégrer une entreprise de semi-conducteurs : Hynix (renvoyant à SK Hynix), médecine, dentisterie, médecine traditionnelle, pharmacie et médecine vétérinaire. Ce classement montre que le secteur des puces rivalise désormais avec les professions médicales dans la hiérarchie des aspirations professionnelles.