Alors que la France subit sa dixième journée consécutive de canicule, avec des températures dépassant les 40 °C dans plusieurs régions, le bilan des noyades s'alourdit. Au moins 55 décès ont été recensés depuis le début de la vague de chaleur, selon le dernier décompte de la ministre des Sports, qui a appelé à une vigilance accrue. Ce nouveau chiffre, rendu public le 26 juin, intervient alors que les autorités sanitaires et les experts alertent sur un danger supplémentaire : la prolifération des cyanobactéries dans les eaux de baignade non réglementées.
Un phénomène amplifié par la chaleur
Les cyanobactéries, également appelées algues bleues, sont des micro-organismes qui se développent de manière massive dans les eaux stagnantes ou à faible courant, en particulier lorsque la température de l'eau avoisine les 30 °C. Selon Christophe Laplace-Treyture, chercheur à l'Institut national de recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement (Inrae), ces bactéries apparaissent dès le printemps et prolifèrent dans « les lacs, les cours d'eau ou les eaux saumâtres ». Leur multiplication est favorisée par les nutriments issus des rejets d'eaux usées et des activités humaines.
À Paris, de nombreux habitants, privés d'accès à la mer, ont choisi de se rafraîchir en plongeant dans la Seine. Pourtant, les eaux du fleuve, comme celles des autres plans d'eau non habilités à la baignade, sont loin d'être sans danger. Le chercheur de l'Inrae a ainsi mis en garde contre la présence de ces micro-organismes dans les zones où la baignade n'est pas contrôlée.
Des risques pour la santé et des cas mortels
Ces cyanobactéries produisent des toxines, les cyanotoxines, qui peuvent provoquer des troubles cutanés (démangeaisons, dermatites), digestifs (vomissements, diarrhée) ou neurotoxiques. Une étude parue en 2017 dans la revue Archives of Toxicology a établi un lien entre ces micro-organismes et des décès : depuis 1960, six cas de mort liés à une contamination par des cyanobactéries ont été recensés dans le monde.
Face à cette menace, la meilleure prévention reste d'éviter toute baignade dans des eaux non contrôlées. « Il n'y a aucune solution miracle pour les éradiquer. Ce sont des organismes vivants qui étaient là avant nous et le seront encore après. On ne peut que s'en accommoder et limiter nos impacts », a souligné Christophe Laplace-Treyture.
Un appel à la prudence
Le bilan des noyades, qui s'élevait à 40 morts au 23 juin puis à 55 le 26 juin, illustre l'urgence d'une sensibilisation accrue. La ministre des Sports a réitéré ses recommandations : privilégier les zones de baignade surveillées, respecter les consignes de sécurité et ne pas sous-estimer les risques liés aux eaux non réglementées.
Les autorités rappellent que la baignade dans des lieux non autorisés expose non seulement au risque de noyade, mais aussi à des contaminations potentiellement graves. Alors que la canicule se prolonge, la vigilance reste de mise, tant sur les plages que dans les plans d'eau intérieurs.