Quarante-quatre ans après la « honte de Gijon », l'Algérie et l'Autriche se retrouvent sur le terrain, samedi à Kansas City, pour un match décisif du groupe J de la Coupe du monde 2026. Cette confrontation, la première entre les deux nations depuis le scandale de 1982, est chargée d'histoire et de méfiance, d'autant que le format élargi du tournoi, avec 48 équipes, ouvre la voie à des calculs stratégiques qui pourraient profiter à certaines sélections.
Le traumatisme de 1982
En 1982, lors du Mondial en Espagne, l'Algérie, novice dans la compétition, avait créé la surprise en battant la République fédérale d'Allemagne (RFA) sur le score de 2-1. Après une défaite contre l'Autriche (2-0) et une victoire face au Chili (3-2), les Fennecs comptaient quatre points, à une époque où la victoire en valait deux. Le dernier match du groupe 2 opposait la RFA à l'Autriche à Gijon. Un succès par un seul but d'écart des Allemands qualifiait les deux équipes au détriment de l'Algérie.
Comme redouté, Horst Hrubesch ouvrit le score pour la RFA à la 11e minute. Ensuite, les joueurs des deux camps se contentèrent de faire circuler le ballon sans tenter d'attaquer, sous les huées du public. Les supporters algériens, furieux, agitèrent des billets de banque en signe de protestation contre ce qu'ils considéraient comme une manipulation. Le commentateur français Michel Denisot qualifia la rencontre de « match de la honte », tandis que son homologue allemand Eberhard Stanjek parla de « Schande » (honte). Un journal espagnol, évoquant l'annexion de l'Autriche par l'Allemagne nazie en 1938, osa même le terme de « match d'Anschluss ». Le défenseur ouest-allemand Paul Breitner, interrogé après la rencontre, estima que le public était « stupide » de ne pas comprendre que l'enjeu était uniquement la qualification.
Un passé qui refait surface
Cette blessure historique n'est pas oubliée en Algérie. L'ancien joueur emblématique Lakhdar Belloumi a estimé qu'il était « nécessaire » d'informer les joueurs actuels de ce qui s'était passé en 1982, appelant à une « revanche sportive ». Rabah Madjer, ancien Ballon d'or africain, a exprimé la colère et la stupéfaction ressenties à l'époque, dénonçant le fait que « deux grandes nations du football puissent s'entendre pour éliminer un petit pays comme l'Algérie ».
Déclarations des entraîneurs
À la veille du match, le sélectionneur autrichien, Ralf Rangnick, a fermement rejeté toute comparaison avec le passé. Interrogé sur un éventuel accord pour ne pas gagner, il a répondu catégoriquement : « Non, absolument pas. » Il a souligné qu'aucun de ses joueurs n'était né en 1982, ajoutant que cet épisode « n'a absolument rien à voir avec le match de demain ni avec son résultat ». Son milieu de terrain, Konrad Laimer, a lui aussi balayé les spéculations, déclarant vouloir « se concentrer sur nous, gagner le match et passer la phase de groupes ».
De son côté, le sélectionneur algérien, Vladimir Petkovic, a refusé d'alimenter le débat. « Si et ce qui arrive si, c'est une expression qui n'existe pas », a-t-il affirmé, ajoutant que son équipe devait « faire de son mieux pour promouvoir ses ambitions et essayer de gagner le match ».
Le nouveau format en question
Le contexte de 2026 diffère de celui de 1982, mais les inquiétudes persistent. Avec 48 équipes réparties en douze groupes de quatre, les deux premiers de chaque groupe ainsi que les huit meilleurs troisièmes se qualifient pour les seizièmes de finale. Cette configuration, combinée au fait que les matches du groupe J se jouent en même temps que d'autres rencontres, rend possible des calculs d'opportunité. Il pourrait être plus avantageux, pour une équipe, de terminer à la deuxième ou à la troisième place de son groupe afin d'éviter un adversaire réputé plus fort au tour suivant, comme l'Espagne, championne d'Europe en titre, qui pourrait être en tête du groupe H. Le sélectionneur autrichien a reconnu qu'il était impossible de spéculer, car « même un jour avant, aucun de nous ne sait quelle sera la situation ». Il a promis que le résultat de leur match ne serait pas influencé par ces considérations externes.
Enjeux sportifs
Sur le plan comptable, l'Argentine, championne du monde en titre, mène le groupe J avec six points, suivie par l'Autriche et l'Algérie, toutes deux avec trois points. L'Algérie, qui s'est imposée face à la Jordanie après avoir été menée au score, n'a besoin que d'un match nul pour se qualifier. L'Autriche, de son côté, cherchera à prendre les trois points pour assurer sa place.
Le coup d'envoi de cette rencontre à l'Arrowhead Stadium de Kansas City sera donné samedi, dans une ambiance que beaucoup espèrent plus sportive que celle de Gijon, mais que le poids de l'histoire rend particulièrement lourde.