Nvidia a officialisé lundi, lors d'une conférence à Taipei, le lancement du RTX Spark, un nouveau processeur conçu pour doter les ordinateurs personnels de capacités avancées en intelligence artificielle. Ce superprocesseur combine les fonctions d'une unité centrale de traitement (CPU) et d'une unité de traitement graphique (GPU) au sein d'un même composant.
Le directeur général de Nvidia, Jensen Huang, a qualifié cette annonce de « réinvention de l'ordinateur », comparable selon lui à la transformation du téléphone mobile en smartphone. « C'est le premier pas dans une refonte de l'ordinateur personnel depuis quarante ans », a-t-il déclaré lors de son discours d'ouverture, prononcé à la veille du salon Computex.
Des ordinateurs « agents d'IA » attendus à l'automne
Le RTX Spark, développé en collaboration avec le taiwanais MediaTek, équipera une nouvelle génération de PC Windows. Les marques Asus, Dell, HP, Lenovo, Microsoft Surface et MSI figurent parmi les premiers constructeurs à intégrer la puce, avec des modèles attendus pour l'automne. Acer et Gigabyte ont également annoncé leur intention de suivre.
Selon Nvidia, ce composant inaugure « une nouvelle classe d'ordinateurs qui passe de l'outil au coéquipier ». L'entreprise ambitionne de faire de chaque foyer un lieu équipé d'un « superordinateur d'IA », capable d'exécuter localement des agents intelligents. Jensen Huang a décrit un usage où l'utilisateur pourrait dialoguer avec sa machine, lui confier des recherches ou la lecture de fichiers, grâce à un agent autonome intégré.
Un marché concurrentiel en pleine mutation
Cette offensive place Nvidia en concurrence directe avec Apple et Intel sur le segment des PC, mais aussi avec AMD, déjà présent dans ce secteur. L'entreprise californienne, devenue la plus valorisée au monde avec une capitalisation boursière dépassant les 5 000 milliards de dollars, bénéficie de l'essor de l'IA générative, qui a propulsé ses ventes de processeurs pour centres de données.
Microsoft, partenaire de Nvidia depuis trois ans sur ce projet, a indiqué dans un communiqué que les machines équipées du RTX Spark seraient capables de prendre en charge « des modèles d'IA très performants » et des charges de travail complexes, tout en faisant fonctionner des agents intelligent localement.
L'accueil du marché des PC à intelligence artificielle reste toutefois contrasté. HP a récemment fait état de ventes trimestrielles soutenues grâce à ces appareils, tandis que Dell a reconnu que la demande n'avait pas répondu aux attentes initiales. Qualcomm, de son côté, propose déjà des PC intégrant l'IA en partenariat avec Microsoft.
Réactions boursières et perspectives
L'action Nvidia grimpait d'environ 4 % en séance lundi à Wall Street, tandis que Microsoft prenait 2,5 % et Dell bondissait de 9,3 %. À l'inverse, AMD cédait 0,1 % et Intel reculait de 2,5 %.
Les analystes interrogés saluent une évolution majeure. Lian Jye Su, analyste en chef chez Omdia, juge que cette initiative offre « plus de choix aux consommateurs, ce qui est toujours bénéfique ». Neil Shah, cofondateur de Counterpoint Research, évoque une « révolution dans l'apparence des PC pour les dix prochaines années », prédisant une adoption large des applications d'IA agentique dans chaque foyer.
Un contexte géopolitique tendu
Cette annonce intervient alors que les États-Unis ont renforcé, dimanche, leurs restrictions à l'exportation des puces les plus avancées de Nvidia vers les entreprises chinoises. Le département du Commerce américain a ainsi cherché à combler une potentielle faille qui aurait permis la vente de processeurs Blackwell à des filiales de sociétés chinoises implantées hors du territoire chinois. Washington poursuit sa politique de blocage de l'accès de la Chine aux semi-conducteurs de pointe nécessaires au développement de l'intelligence artificielle.
Autres annonces de Nvidia à Taipei
Lors de sa présentation, Jensen Huang a également indiqué que les nouveaux processeurs Vera destinés aux centres de données sont en pleine production et constitueront « un moteur de croissance majeur » porté par la demande d'agents d'IA. Les premiers clients incluent Anthropic, OpenAI et SpaceXAI.
Le dirigeant a par ailleurs dévoilé un prototype de robot humanoïde de référence nommé Isaac GR00T, mesurant près de 1,83 mètre, conçu à partir du châssis du robot H2 du fabricant chinois Unitree et équipé de mains à cinq doigts dotées d'une grande dextérité, réalisées par la start-up singapourienne Sharpa. Ce prototype pourrait servir de référence pour la recherche, notamment dans l'enseignement supérieur.