Un outil pour refonder la doctrine socialiste
Olivier Faure, premier secrétaire du Parti socialiste, a présenté le 8 juin 2025 le nouveau laboratoire d'idées de sa formation politique, baptisé « Noûs ». Ce nom, emprunté au vocabulaire philosophique grec ancien, désigne l'intellect ou l'esprit. L'objectif affiché est de doter le PS d'un outil de réflexion capable d'alimenter sa stratégie et sa doctrine en vue des échéances électorales à venir, notamment la présidentielle de 2027 et les municipales de 2026.
Lors de son lancement, Olivier Faure a souligné la nécessité pour la gauche de proposer des réponses neuves aux défis contemporains, dans un contexte politique français dominé par les débats sur la justice sociale, la transition écologique et la démocratie. Le think tank se veut un espace ouvert aux experts, aux élus et aux militants, destiné à produire des propositions concrètes, des notes et des publications.
Une structure paritaire et collective
« Noûs » se présente comme une structure de débat et de proposition. Selon les informations disponibles, le laboratoire est co-présidé par deux femmes, toutes deux proches du premier secrétaire, afin d'incarner une parité de direction. Le conseil scientifique comprend plusieurs personnalités issues de la société civile, du monde universitaire et de l'ancienne majorité présidentielle.
Le think tank prévoit de travailler sur plusieurs axes thématiques : la transition écologique comme levier de justice sociale, le renouveau de la démocratie participative, la refonte du modèle social français, et la place de la France dans une Union européenne à reconstruire. Ces axes ne sont pas encore déclinés en un calendrier public de publications, mais l'ambition est d'irriguer le débat interne et, à terme, le débat public national.
Un nom philosophique aux accents familiers
Le choix du terme « Noûs » interroge. Il renvoie à un concept central de la philosophie d'Aristote, repris par les stoïciens et les néoplatoniciens, désignant la raison pure ou l'intellect divin. Cette référence intellectuelle tranche avec le registre plus politique ou managérial de think tanks concurrents, comme « Terra Nova » pour le PS dans les années 2000, ou « La Fondation pour l'innovation politique » pour la droite. Olivier Faure a justifié ce nom par l'ambition de « penser le monde tel qu'il est et non tel qu'on voudrait qu'il soit », une formule qui se veut un appel au réalisme et à l'audace.
Les réactions et le contexte
Le lancement de « Noûs » intervient alors que le Parti socialiste tente de retrouver une identité et une visibilité après plusieurs années de déclin électoral. Le parti, qui a soutenu la Nouvelle Union populaire écologique et sociale (Nupes) puis le Nouveau Front populaire (NFP), cherche à affirmer sa propre ligne, distincte de celle de La France insoumise et des écologistes. Plusieurs cadres socialistes ont salué l'initiative comme un outil nécessaire à la rénovation du corpus idéologique de la gauche.
Cependant, l'initiative n'a pas suscité un enthousiasme unanime au sein de la majorité présidentielle ni dans les autres forces de gauche. Certains observateurs estiment que l'effort de renouvellement doctrinal ne suffira pas à masquer les divisions internes du parti. D'autres relèvent la difficulté à faire émerger une alternative crédible face à Emmanuel Macron et face à l'extrême droite.
Une plateforme numérique en complément
Au-delà des publications écrites, « Noûs » devrait disposer d'une plateforme numérique interactive permettant aux militants et aux citoyens de contribuer aux réflexions. Un site internet et des comptes sur les réseaux sociaux ont déjà été ouverts. L'idée est de favoriser la participation ascendante, une forme de démocratie participative interne, en complément du travail des experts.
Un lancement en ordre de marche
Le think bank tient sa première réunion plénière dans les prochains jours, avec un ordre du jour centré sur la définition d'un agenda de travail pour les six mois à venir. Les premières productions sont attendues pour la rentrée de septembre 2025, avec des notes thématiques sur le pouvoir d'achat et la réindustrialisation. Olivier Faure espère ainsi que le laboratoire d'idées contribuera à forger une « boîte à outils » pour la campagne présidentielle du candidat socialiste, qui n'a pas encore été désigné.
Contacts et partenariats
« Noûs » devrait nouer des partenariats avec des fondations et des instituts de recherche européens, notamment allemands et espagnols, dans une logique de réseau. Un premier échange est programmé avec la Fondation européenne d'études progressistes (FEPS). L'objectif est d'internationaliser la réflexion socialiste, trop souvent cantonnée au cadre national selon ses promoteurs.