Le paysage médiatique ougandais est sous le choc. Le principal groupe de presse indépendant du pays, le Nation Media Group, a annoncé avoir été placé « sous siège militaire » dans la nuit de samedi à dimanche, ses principaux titres étant contraints à cesser leurs activités sur ordre du chef des forces de défense.

Des soldats en armes ont été déployés devant le siège du quotidien Daily Monitor, à Kampala, empêchant toute entrée ou sortie du bâtiment. Simultanément, les chaînes de télévision NTV Uganda et Spark TV, qui appartiennent au même groupe, ont été retirées de l'antenne. Les téléspectateurs ne voyaient plus qu'un écran noir accompagné du message « vidéo indisponible ».

Le général Muhoozi assume la décision

Le général Muhoozi Kainerugaba, qui commande l'armée ougandaise et est le fils du président Yoweri Museveni, a rapidement revendiqué la responsabilité de cette opération. Sur son compte sur le réseau X, il a écrit : « Je NE crois PAS en une presse libre ! La presse doit être guidée par les cadres de la révolution. » Dans un autre message, il a affirmé que son « grand père » lui avait donné le « pouvoir de fermer n'importe quelle maison de presse de mon choix ». Il a précisé que NTV et le Daily Monitor « ne rouvriront pas sans ma permission », ajoutant : « Désormais, TOUS les médias en Ouganda suivront les règles ! »

Un groupe de médias influent en Afrique de l'Est

Le Nation Media Group, basé au Kenya, est l'un des groupes de médias les plus influents d'Afrique de l'Est. Sa filiale ougandaise édite le Daily Monitor, un quotidien réputé pour son ton critique envers le pouvoir, et exploite plusieurs chaînes de télévision et stations de radio. La fermeture de ses principaux vecteurs d'information constitue une atteinte sévère à la liberté de la presse dans un pays déjà marqué par une répression croissante.

Des précédents avec les mêmes médias

Ce n'est pas la première fois que ces titres sont pris pour cible. En 2013, le Daily Monitor avait été perquisitionné par la police après avoir publié une lettre qui évoquait un plan de succession au sommet de l'État, surnommé le « Projet Muhoozi ». En 2007, NTV avait déjà été contrainte de cesser d'émettre, le gouvernement lui reprochant un traitement jugé négatif de l'actualité. Le président Museveni lui-même avait qualifié le Daily Monitor de « journal ennemi et maléfique » en raison de ses enquêtes critiques.

Un contexte électoral tendu

L'offensive contre la presse survient quelques mois après une élection présidentielle très disputée, remportée par Yoweri Museveni pour un septième mandat. Le scrutin, jugé non conforme aux standards démocratiques par l'ONU, s'est déroulé dans un « environnement marqué par une large répression ». Pendant la campagne, le général Muhoozi avait tenu des propos particulièrement virulents, menaçant de castrer l'opposant Bobi Wine et se vantant de la mort de partisans de l'opposition. Ces messages avaient ensuite été effacés.

Les réactions et les suites

Pour l'heure, aucune déclaration officielle du gouvernement ou de la présidence n'est venue confirmer ou infirmer les déclarations du général. Les organisations de défense des droits de l'homme et l'opposition dénoncent une dérive autoritaire et une mainmise militaire sur la liberté d'expression. Le Daily Monitor, dans un article publié sur son site avant la coupure, a dénoncé une opération militaire illégale. La communauté internationale suit de près la situation, alors que l'Ouganda est souvent présenté comme un allié stratégique dans la région.

La question de la succession au pouvoir

Le général Muhoozi Kainerugaba, âgé d'une cinquantaine d'années, est largement considéré comme le successeur potentiel de son père, qui gouverne le pays depuis 1986. Sa montée en puissance au sein de l'appareil militaire et son influence croissante sur les décisions politiques inquiètent les défenseurs de la démocratie. Cette fermeture des médias confirme, selon ses détracteurs, sa volonté de verrouiller tout espace critique avant une éventuelle passation de pouvoir.