Un rapport de l'organisation non gouvernementale Environmental Justice Foundation (EJS) met en lumière les dessous de la pêche au calmar, une industrie qui générerait selon l'enquête de graves violations des droits humains et des atteintes environnementales à grande échelle. Les investigations de l'ONG ont recueilli les récits de plus de 400 marins, lesquels affirment avoir été soumis à du travail forcé et à des violences physiques à bord de navires opérant principalement sous pavillon chinois en haute mer.

Les témoignages décrivent des conditions de servitude moderne, loin de toute régulation effective. Selon les éléments collectés par l'organisation, les équipages seraient contraints de travailler sans relâche, parfois pendant des années, sans possibilité de quitter les bateaux. Les marins rapportent des violences régulières, qu'elles soient psychologiques ou physiques, infligées par des superviseurs ou des capitaines. Cette main-d'œuvre captive serait essentielle au fonctionnement d'une flotte qui pêche de manière intensive les populations de calmars à travers les océans.

Des pratiques de pêche dévastatrices

Au-delà des abus sociaux, l'enquête de l'EJS pointe des dégâts écologiques majeurs. La pêche au calmar, telle qu'elle est pratiquée par ces navires, ne se limiterait pas à sa cible. Les chalutiers utiliseraient des méthodes destructrices qui capturent un très grand nombre d'espèces non visées. Les marins témoins rapportent que des dauphins, des requins, des phoques et d'autres animaux marins seraient régulièrement pris dans les filets, souvent déjà morts ou gravement blessés lors de leur remontée à bord. Ces captures accidentelles, parfois qualifiées de pêche illégale et barbare par les victimes elles-mêmes, contribueraient à l'effondrement de plusieurs populations marines.

Les scientifiques alertent depuis plusieurs années sur la surexploitation des stocks de calmars, une ressource qui joue un rôle clé dans l'équilibre des écosystèmes océaniques. Les calmars constituent en effet une proie essentielle pour de nombreux prédateurs, des poissons aux mammifères marins. Leur disparition massive, causée par une pêche industrielle non régulée, menacerait toute la chaîne alimentaire. L'ONG estime que les dégâts ne se limitent pas aux seules zones de pêche : le prélèvement effréné de calmars a des conséquences en cascade sur la biodiversité des océans.

Un phénomène mondial difficile à encadrer

La flotte de pêche au calmar, majoritairement chinoise, opère souvent en haute mer, dans des zones où la surveillance internationale est quasi inexistante. Les navires changent fréquemment de pavillon ou utilisent des immatriculations de complaisance pour échapper aux contrôles. L'Environmental Justice Foundation appelle les gouvernements et les organisations régionales de gestion des pêches à renforcer la traçabilité des produits de la mer et à imposer des sanctions plus strictes contre les armateurs impliqués dans ces pratiques.

L'enquête de l'ONG intervient alors que la demande mondiale de calamars et de produits dérivés, notamment les encornets, ne cesse de croître. Les consommateurs, souvent ignorants des conditions de production, se trouvent face à des produits dont l'origine et les modes de capture restent opaques. L'EJS encourage les autorités publiques à adopter des réglementations obligeant les importateurs à garantir que les produits mis sur le marché ne sont pas issus de travail forcé ou de pêche illégale.

Les révélations de cette enquête pourraient relancer les débats au sein des instances internationales sur la nécessité de mieux protéger les travailleurs de la mer et de lutter contre la surpêche. L'organisation insiste sur l'urgence d'agir pour stopper ce qu'elle décrit comme une destruction de grande ampleur, à la fois humaine et écologique.