Deux députés de Guyane ont annoncé, ce jeudi 4 juin 2026, leur « rupture avec la gauche française ». Jean-Victor Castor et Davy Rimane, élus au sein du groupe parlementaire Gauche démocrate et républicaine (GDR), expriment leur colère après avoir vu leur proposition de loi rejetée en commission. Ce texte, qu’ils comptaient défendre dans le cadre de la niche parlementaire du GDR prévue le 11 juin, visait à obtenir une dérogation à la loi Hulot afin d’autoriser la recherche et l’exploitation des hydrocarbures dans les territoires ultramarins, en particulier en Guyane.

« Nous constatons aujourd’hui que la gauche française, dans sa composante écologiste, socialiste et insoumise, s’oppose frontalement à notre développement économique et à notre souveraineté », ont-ils notamment déclaré. Les députés guyanais estiment que l’interdiction de l’exploitation pétrolière imposée par la loi de 2017 prive leur territoire d’une ressource stratégique, au nom d’un impératif climatique qu’ils jugent déconnecté des réalités locales.

Un rejet qui fâche au sein du groupe GDR

Le groupe GDR, qui réunit des élus communistes et des représentants des outre-mer, s’est trouvé divisé sur ce dossier. Si le secrétaire national du Parti communiste français (PCF), Fabien Roussel, a apporté son soutien au texte et défend « le droit des peuples à disposer de leurs ressources », la majorité des autres formations de gauche s’y est opposée. En commission, les écologistes, les socialistes et les députés de La France insoumise ont voté contre la proposition de loi, invoquant la nécessité de lutter contre le changement climatique et de respecter les engagements climatiques de la France.

Ce rejet a provoqué une vive réaction des deux parlementaires guyanais. « On nous demande de rester dans une situation de dépendance énergétique et de pauvreté, pendant que la métropole utilise du pétrole et du gaz pour son propre développement », ont-ils ajouté. Pour Davy Rimane, le rejet du texte par la gauche hexagonale est perçu comme un manque de solidarité avec les outre-mer.

Un clivage entre écologie et autodétermination

Cette affaire met en lumière une ligne de fracture récurrente au sein de la gauche française : la conciliation entre impératif écologique et aspirations à l’autonomie économique des territoires ultramarins. Les tenants de la proposition de loi plaident que la Guyane, territoire amazonien confronté à un fort taux de chômage et à une dépendance aux importations d’hydrocarbures, doit pouvoir exploiter ses gisements potentiels pour assurer son développement. En face, les opposants mettent en avant les conséquences désastreuses du pétrole sur le climat et la biodiversité, particulièrement dans une région aussi fragile que l’Amazonie.

La discussion initialement prévue le 11 juin à l’Assemblée nationale s’annonce d’autant plus houleuse que le texte, bien que rejeté en commission, pourrait être défendu en séance publique. Les députés Rimane et Castor espèrent que leur appel à la « rupture » permettra de faire entendre leur voix et d’obtenir un soutien au-delà des rangs de la gauche traditionnelle. Le sujet, qui dépasse les clivages partisans, pourrait également être utilisé par la droite et l’extrême droite, déjà favorables à une relance de l’exploitation pétrolière.

Un enjeu symbolique fort pour les outre-mer

Au-delà du seul dossier pétrolier, cette initiative révèle un malaise plus profond chez les élus ultramarins vis-à-vis des formations politiques de l’Hexagone. La « rupture » évoquée par Davy Rimane et Jean-Victor Castor pourrait avoir des répercussions sur l’équilibre du groupe GDR, où les sensibilités divergent déjà sur d’autres sujets liés à l’environnement et au développement. L’avenir de ce texte et la position des différents partis de gauche seront scrutés de près par les citoyens guyanais, qui pourraient y voir un test de la capacité de la gauche à intégrer leurs préoccupations spécifiques.