L'industrie pétrolière de la mer du Nord intensifie ses pressions sur Andy Burnham pour qu'il approuve de nouveaux projets de forage, alors que le leader travailliste doit prendre ses fonctions lundi prochain. Une coalition d'une dizaine d'organisations professionnelles – emmenée par Offshore Energies UK et incluant le syndicat GMB – a adressé une lettre aux parlementaires pour réclamer un changement de cap, estimant que la politique actuelle menace des milliers d'emplois et la sécurité énergétique du pays.

Selon plusieurs sources proches du dossier, l'avenir de l'exploitation pétrolière et gazière en mer du Nord sera l'un des premiers dossiers brûlants sur le bureau du nouveau locataire du 10 Downing Street. Le manifeste travailliste de 2024, qu'Andy Burnham s'est engagé à respecter, promettait de ne pas délivrer de nouvelles licences d'exploration, tout en honorant les autorisations existantes. Cette position a jusqu'ici été maintenue, le secrétaire à l'Énergie Ed Miliband ayant mis fin à l'octroi de nouveaux permis peu après l'arrivée au pouvoir du Labour.

Au cœur du débat se trouvent les gisements controversés de Rosebank et Jackdaw, situés au large des côtes écossaises. Le précédent gouvernement conservateur avait donné son feu vert à leur exploitation en 2022 et 2023, mais ces décisions ont été annulées en 2025 à la suite d'un recours juridique intenté par les organisations environnementales Greenpeace et Uplift. La justice avait estimé que les ministres n'avaient pas suffisamment pris en compte l'impact climatique complet de la combustion des hydrocarbures extraits. Le régulateur offshore (Opred) est actuellement en phase finale de réexamen, et les consultations publiques doivent s'achever en août. Toute précipitation risquerait de provoquer un nouveau contentieux.

Andy Burnham ne devrait pas annoncer une validation explicite de ces deux champs dès son premier jour, mais il pourrait s'y référer dans son discours d'investiture lundi. La décision finale reviendra en réalité au nouveau secrétaire à l'Énergie, dont le nom n'a pas encore été révélé. Selon un responsable proche du futur Premier ministre, « aucune décision définitive n'a encore été arrêtée » sur le pétrole et le gaz, même si le nouveau gouvernement entend respecter l'engagement du manifeste. L'équipe de transition réfléchit à une « inflexion significative » tout en excluant un soutien pur et simple à de nouvelles licences.

Le débat dépasse le seul cas de Rosebank et Jackdaw. De nombreuses licences accordées ces dernières années n'ont toujours pas été mises en production, pour des raisons diverses (coûts, délais techniques, contentieux). L'ancien Premier ministre Keir Starmer avait lui-même suggéré que ces gisements pourraient être exploités plus rapidement, suscitant l'impatience d'une partie du Labour. Par ailleurs, le gouvernement a déjà concédé une mesure importante : l'autorisation des « tie-backs », c'est-à-dire l'exploitation de zones non concédées à condition qu'elles soient raccordées à des infrastructures existantes. Cette disposition contourne la lettre du manifeste sans le violer explicitement.

L'opposition conservatrice et Reform UK ne cesse de réclamer davantage de forages, qualifiant la position actuelle de « dangereuse » pour l'économie et l'indépendance énergétique. Au sein même du Parti travailliste, l'éventualité d'un virage provoque des tensions. Des députés écologistes et climatosceptiques de la majorité redoutent qu'un assouplissement ne nuise à la crédibilité du gouvernement sur la transition énergétique.

Les annonces de Burnham ne se limiteront pas au pétrole : il doit également dévoiler un plan de nationalisation des entreprises de l'eau et de l'énergie, ainsi qu'un vaste programme de construction de logements sociaux. L'objectif affiché est de « donner aux gens une bouffée d'air sur le coût de la vie » et de faire un « démarrage dynamique… centré sur des changements tangibles ». Le nouveau Premier ministre compte s'exprimer dès lundi devant le pays pour tracer les grandes lignes de son action, mais les décisions précises sur les hydrocarbures interviendront probablement dans les semaines suivantes.

En attendant, les opérateurs du secteur – majors comme BP, Shell et TotalEnergies se sont déjà désengagés de l'exploration en mer du Nord au profit de sociétés plus petites – attendent des signaux clairs. Pour eux, l'enjeu est double : sécuriser les investissements et maintenir une production qui, selon eux, reste essentielle pour le Royaume-Uni tant que la transition vers les renouvelables n'est pas achevée.