Le gouvernement pakistanais a dévoilé la semaine dernière un projet de budget qui prévoit une augmentation de 18 % des dépenses de défense, portant l’enveloppe à 3 000 milliards de roupies, soit environ 10,8 milliards de dollars ou 9,3 milliards d’euros. Cette hausse intervient dans un contexte régional marqué par des tensions militaires persistantes, notamment avec l’Inde.
Le ministre des Finances, Muhammad Aurangzeb, a justifié cette mesure en déclarant qu’elle visait à rendre le pays « invincible en raison de l’incertitude dans la région ». Selon des analystes, cette décision reflète l’évolution des technologies militaires et l’émergence de nouvelles menaces.
Un environnement sécuritaire en mutation
Maria Sultan, analyste de défense basée à Islamabad, a souligné que « les conflits futurs ne se limiteront plus à deux adversaires. Ils seront façonnés par des armes et des technologies provenant de multiples pays, menés simultanément sur terre, dans les airs, dans le cyberespace et les domaines électroniques ». Elle a également indiqué que les guerres en Ukraine et au Moyen-Orient, ainsi que le conflit indo-pakistanais de l’année précédente — qui a mis les deux voisins dotés de l’arme nucléaire au bord d’une guerre ouverte — ont modifié la réflexion des planificateurs militaires.
Le précédent du conflit de 2025
En mai 2025, New Delhi a lancé l’opération Sindoor en représailles à une fusillade meurtrière à Pahalgam, une station touristique prisée du Jammu-et-Cachemire administré par l’Inde. Au moins vingt-six personnes, pour la plupart des touristes hindous indiens, ont perdu la vie dans cet attentat. L’Inde a attribué cette attaque au groupe Lashkar-e-Taiba, considéré comme une organisation terroriste par l’ONU, et a accusé Islamabad de soutenir cette formation.
Cette escalade a conduit les deux puissances nucléaires à frôler un affrontement total, renforçant les préoccupations sécuritaires de l’état-major pakistanais.
Un choix budgétaire sous contrainte économique
Cette augmentation des crédits militaires intervient alors que le Pakistan est soumis à des contraintes économiques liées à son programme d’ajustement avec le Fonds monétaire international. Le pays cherche à équilibrer ses priorités budgétaires entre sécurité nationale et assainissement des finances publiques.
Les analystes estiment que cette hausse témoigne des leçons tirées par Islamabad des récents affrontements avec l’Inde, notamment la nécessité de renforcer les capacités dans les domaines de la guerre électronique et de la cybersécurité.