La société américaine de traitement de données Palantir a subi un revers judiciaire en Suisse. Le tribunal de commerce de Zurich a débouté la firme sur 22 des 23 demandes qu’elle avait introduites pour contraindre un magazine d’investigation helvétique à publier ses rectificatifs. La décision, rendue vendredi, ne donne gain de cause à Palantir que pour un seul passage jugé problématique dans l’un des articles litigieux.
Une enquête sur l’échec commercial de Palantir en Suisse
L’affaire trouve son origine dans une série d’articles publiés en décembre par le magazine en ligne Republik et le collectif de recherche suisse WAV. Ces publications, fondées sur une enquête d’un an, révélaient qu’après près de quatre ans de présence sur le territoire suisse, Palantir n’était parvenu à décrocher aucun contrat public majeur. Les journalistes ont qualifié ce récit de « récit d’échec », estimant que c’est précisément cette narration qui a déclenché la riposte juridique de l’entreprise.
Un droit de réponse très restrictif en droit suisse
Palantir et sa filiale suisse avaient saisi la justice zurichoise en invoquant le droit de réponse prévu par la législation helvétique, qui permet à toute personne physique ou morale de réclamer la publication d’une contrepartie lorsqu’elle estime avoir été mise en cause de manière inexacte. Sur les 23 demandes formulées par la société, le tribunal n’en a retenu qu’une seule, concernant une phrase précise dans un article. Les magistrats ont estimé que le reste des assertions contestées par Palantir ne justifiait pas l’exercice de ce droit.
Une décision saluée par les journalistes
Les journalistes à l’origine de l’enquête se sont félicités de cette issue. Ils considèrent que la plainte de Palantir visait à faire taire un récit gênant pour l’entreprise. Dans leurs déclarations, ils ont souligné que la firme américaine avait tenté de « faire taire les critiques et les rapports précis » en utilisant les procédures juridiques. Le magazine Republik et le collectif WAV ont indiqué que la décision du tribunal validait le travail d’investigation mené.
Les implications de ce jugement
Cette décision de la justice zurichoise pourrait avoir des répercussions au-delà de ce seul litige. Elle réaffirme la portée limitée du droit de réponse en Suisse, qui ne saurait être utilisé comme un instrument de pression par des entreprises confrontées à des articles d’investigation défavorables. Pour Palantir, ce revers judiciaire intervient alors que la société cherche à étendre ses activités en Europe, où elle fait l’objet d’une attention croissante de la part des régulateurs et des organisations de défense des droits numériques.
Un contexte de défiance envers les technologies de surveillance
L’enquête de Republik et WAV s’inscrit dans un contexte plus large de méfiance envers les technologies de surveillance et d’analyse de données proposées par Palantir. La société, cofondée par Peter Thiel, est notamment connue pour ses contrats avec les services de renseignement américains et les forces de l’ordre. En Suisse, son incapacité à convaincre les autorités fédérales et cantonales d’adopter ses outils a été interprétée par les journalistes comme un signe de résistance politique à ces technologies.
La suite du litige
Pour l’instant, Palantir n’a pas annoncé s’il entendait faire appel de cette décision. Le seul point sur lequel l’entreprise a obtenu gain de cause concerne un passage précis qui devra faire l’objet d’une rectification. Le magazine Republik a indiqué qu’il se conformerait à la décision du tribunal pour ce point particulier tout en maintenant l’intégralité de son enquête. Les journalistes ont également précisé que cette affaire illustre les difficultés croissantes rencontrées par les médias face aux actions en justice intentées par de grandes entreprises technologiques.