Le Conseil de Paris a adopté ce lundi une mesure ambitieuse pour lutter contre la pénurie de logements dans la capitale. À partir de 2027, la taxe sur les logements vacants sera doublée, passant de 50 % à 100 % de la valeur locative cadastrale pour les propriétés inoccupées depuis plus d'un an. Cette décision vise à inciter les propriétaires à remettre leurs biens sur le marché locatif ou à les vendre, dans un contexte où le taux de vacance atteint près de 8 % dans certains arrondissements.
Selon les données de la mairie de Paris, environ 20 000 logements supplémentaires pourraient être libérés grâce à cette mesure. Actuellement, près de 100 000 logements sont vacants dans la ville, soit l'équivalent de la population du 13e arrondissement. Parmi eux, une majorité sont des biens détenus par des particuliers ou des sociétés qui ne les louent pas, souvent pour des raisons fiscales ou par anticipation de plus-values immobilières.
Un levier fiscal renforcé
La taxe sur les logements vacants (TLV) existe déjà depuis plusieurs années, mais son taux était jugé insuffisant par les élus parisiens pour dissuader la rétention de biens. En doublant le taux, la municipalité espère rendre la détention d'un logement vide financièrement dissuasive. Le produit de cette taxe, estimé à plusieurs dizaines de millions d'euros par an, sera intégralement reversé au Fonds de Solidarité pour le Logement (FSL), qui aide les ménages modestes à accéder à un logement.
Cette mesure s'inscrit dans un plan plus large de lutte contre l'habitat indigne et la vacance locative à Paris. La ville prévoit également de renforcer les contrôles sur les déclarations d'occupation des logements, afin de limiter les fraudes. Les propriétaires qui déclarent fictivement un logement comme résidence principale pour échapper à la taxe s'exposent à des pénalités.
Réactions contrastées
Les associations de défense des locataires ont salué cette décision, estimant qu'elle pourrait contribuer à faire baisser les loyers dans certains quartiers. Pour la Confédération Nationale du Logement (CNL), il s'agit d'une mesure « courageuse et nécessaire » dans une ville où les prix de l'immobilier sont parmi les plus élevés de France. L'Union Nationale des Propriétaires Immobiliers (UNPI) a en revanche critiqué cette hausse, la qualifiant de « matraquage fiscal » qui pourrait pénaliser les petits propriétaires ayant des difficultés à louer leur bien, notamment pour des raisons de travaux ou de succession.
Des exceptions prévues
Pour éviter les effets indésirables, la municipalité a prévu des exceptions. Les logements vacants pour cause de travaux indispensables à la sécurité ou à la salubrité, ainsi que ceux détenus par des propriétaires en situation de précarité, pourront être exonérés sur demande. De plus, les biens dont le propriétaire justifie d'une recherche active de locataire depuis au moins six mois seront également exclus du dispositif.
Un précédent dans d'autres métropoles
La capitale n'est pas la première agglomération à recourir à ce type de mesure. Lyon et Bordeaux ont déjà mis en place des dispositifs similaires, avec des taux variables selon la durée de vacance. À Paris, le taux de logements vacants a augmenté de 15 % en cinq ans, passant de 6,5 % à 8 % du parc total. Ce phénomène est particulièrement marqué dans les quartiers d'affaires où les logements sont souvent détenus par des investisseurs étrangers.
La décision du Conseil de Paris intervient alors que le gouvernement national réfléchit à un élargissement de la taxe sur les logements vacants à l'ensemble du territoire, dans le cadre du projet de loi de finances 2027. Paris devance ainsi la législation nationale, en espérant servir de modèle pour d'autres villes confrontées à la crise du logement.