La France et le Canada ont officialisé vendredi un partenariat renforcé dans le domaine des technologies quantiques, à l’occasion du G7 numérique qui se tenait à Bercy. Les ministres Anne Le Hénanff, déléguée à l’Intelligence artificielle et au Numérique, et Evan Solomon, son homologue canadien, ont signé une déclaration conjointe qui fixe plusieurs axes de coopération concrets.
« À l’heure où les enjeux de souveraineté numérique s’imposent avec une acuité croissante, la coopération internationale avec des partenaires de confiance est essentielle », a déclaré la ministre française lors de la signature. Le texte identifie des domaines d’action communs : le financement de projets de recherche et développement, la mobilité des chercheurs, les échanges universitaires, le développement des compétences, l’harmonisation des normes techniques et une réflexion partagée sur les cadres réglementaires.
Un écosystème canadien en pleine expansion
Le choix du Canada comme partenaire n’est pas anodin. Le pays compte aujourd’hui plus d’une centaine d’entreprises spécialisées dans le quantique, ce qui le place au deuxième rang mondial en nombre de sociétés actives dans le secteur. Entre 2018 et 2022, le chiffre d’affaires de ces entreprises a bondi de 93 %, tandis que les effectifs ont plus que doublé. Porté par des investissements publics et privés dépassant 2,8 milliards de dollars canadiens, l’écosystème quantique canadien pourrait générer environ 17,7 milliards de dollars de retombées économiques et plus de 157 000 emplois d’ici 2045, selon des données officielles.
Cette dynamique explique l’intérêt français. Paris, qui a déjà alloué un milliard d’euros à sa propre filière quantique, cherche à s’appuyer sur des alliés solides pour ne pas se laisser distancer dans une compétition mondiale où les États-Unis et les géants industriels investissent massivement.
Des investissements américains colossaux
IBM a récemment annoncé un plan d’investissement de plus de 10 milliards de dollars (environ 8,6 milliards d’euros) sur cinq ans dans le quantique. L’objectif affiché est de livrer d’ici 2029 le premier ordinateur quantique tolérant aux pannes à grande échelle, capable de corriger ses erreurs en temps réel. Cette offensive s’accompagne de la construction d’une fonderie dédiée aux puces quantiques à Albany, dans l’État de New York, en partenariat avec le département du Commerce américain. IBM exploite déjà 90 systèmes quantiques à travers le monde et travaille avec 325 partenaires.
Souveraineté et chaînes d’approvisionnement
La déclaration franco-canadienne met également l’accent sur la protection des technologies sensibles et la résilience des chaînes d’approvisionnement. Les deux pays entendent collaborer pour sécuriser l’accès aux composants critiques et éviter les dépendances stratégiques. La formation des talents est un autre enjeu central : la pénurie de spécialistes du quantique étant mondiale, Paris et Ottawa prévoient de lancer des initiatives communes pour former ingénieurs, scientifiques et entrepreneurs.
Ce rapprochement intervient alors que la France multiplie les annonces dans le secteur, avec un effort budgétaire d’un milliard d’euros supplémentaire annoncé récemment et des investissements de géants comme Nvidia dans la start-up tricolore Alice & Bob. En unissant leurs forces, les deux pays espèrent peser davantage face aux géants américains et chinois dans la course à l’ordinateur quantique, technologie jugée cruciale pour la souveraineté économique et la sécurité nationale.