Sofia rattrapée par ses finances publiques

La Bulgarie a été officiellement soumise, ce mercredi 3 juin, à la procédure européenne pour déficit excessif, seulement quelques mois après être devenue membre de la zone euro au début de l'année. La nouvelle a été confirmée par la Commission européenne, qui a constaté un dérapage budgétaire du pays des Balkans.

Selon les dernières prévisions de l'exécutif bruxellois, le déficit public bulgare a atteint 3,5 % du produit intérieur brut (PIB) en 2025 et devrait encore se creuser à 4,1 % en 2026. Ces chiffres dépassent le seuil de 3 % fixé par les règles budgétaires européennes, déclenchant ainsi la procédure.

Une première depuis 2012

Pour la Bulgarie, pays d'environ six millions d'habitants, il s'agit de la première procédure de ce type depuis quatorze ans. Le pays était sorti d'un mécanisme similaire en 2012. Neuf autres États membres de l'Union européenne sont également visés par cette procédure, qui oblige Sofia à ramener son déficit sous la barre des 3 % dans un délai imparti, sous la surveillance renforcée de Bruxelles.

L'instabilité politique en cause

L'origine de ce dérapage est avant tout politique. Comme l'explique Petar Ganev, économiste à l'Institute for Market Economics de Sofia, « cette prévision de creusement du déficit s'appuie sur l'absence de nouvelle loi de finances cette année, à cause de l'instabilité politique. Nous n'avons donc pas pu adopter de mesures de correction par rapport aux années précédentes ». En l'absence d'un budget pour 2026, l'État bulgare fonctionne actuellement sur la base d'une prolongation du texte de 2025.

L'automne dernier, le projet de budget 2026 présenté par l'ancien gouvernement minoritaire de Rossen Jeliazkov avait provoqué d'importantes manifestations dans le pays. Le texte prévoyait des hausses d'impôts impopulaires pour financer des augmentations de dépenses. Cette contestation avait entraîné, quelques semaines plus tard, la chute de l'exécutif et, avec elle, la suspension du vote de la nouvelle loi de finances.

Des accusations politiques croisées

Le nouveau Premier ministre, Roumen Radev, a accusé le précédent gouvernement de centre droit d'avoir « menti » sur les données fiscales afin de garantir l'entrée de la Bulgarie dans la zone euro. De son côté, l'ancienne ministre des Finances Temenoujka Petkova défend un budget resté dans les clous, en tenant compte d'une clause de flexibilité de l'Union européenne sur les dépenses de défense.

« Comme toujours, les partis politiques se blâment entre eux pour trouver un coupable, mais ils semblent au moins tous d'accord pour dire que le déficit est un sujet sérieux et qu'il faut faire quelque chose », note Petar Ganev. Le nouveau Premier ministre dispose désormais d'une majorité absolue au Parlement avec son parti, Bulgarie progressiste, ce qui lui donne les coudées franches pour faire adopter une loi de finances.

Des fondamentaux économiques solides

Malgré cette procédure, la situation budgétaire bulgare reste enviable comparée à celle de nombreux autres États membres. Le déficit bulgare est notamment bien inférieur à celui de son voisin roumain, qui affichait un déficit de 7,9 % du PIB l'an dernier, le plus élevé de l'Union européenne.

Pour rééquilibrer ses comptes, le gouvernement bulgare peut compter sur une croissance confortable, de +2,5 % anticipée cette année, l'une des plus élevées de l'UE. Le pays est également loin d'une crise de solvabilité, avec l'une des dettes les plus faibles de l'Union, à moins de 30 % du PIB.

Un test de popularité pour le nouveau Premier ministre

Selon Petar Ganev, « il ne devrait pas y avoir de grandes corrections cette année, en dehors de quelques mesures pour réduire les dépenses des administrations, qui devraient toucher les effectifs et les salaires des fonctionnaires ». Ces ajustements constitueront un premier test de popularité pour Roumen Radev, porté à la tête de l'exécutif par la rue après les grandes manifestations de l'automne dernier.