Une annonce qui suscite la controverse

Le secrétaire américain à la Défense, Pete Hegseth, a officialisé mercredi 15 juillet la mise en place d’un dépistage systématique du taux de testostérone au sein des forces armées. Selon les modalités détaillées par le Pentagone, tous les militaires en service actif et les réservistes âgés de 30 ans et plus devront se soumettre à ce test lors de leur bilan de santé annuel. Les personnels plus jeunes pourront, eux, demander volontairement à y être soumis.

Dans une vidéo diffusée sur son compte officiel et accompagnée du message « The High-T Department of War » (le ministère de la guerre à haute teneur en testostérone), Pete Hegseth a justifié cette initiative par la volonté d’« optimiser les performances, la résilience et la santé à long terme » des troupes. Il a précisé qu’en cas de déficit détecté, un traitement hormonal substituitif serait proposé, mais que son suivi resterait « entièrement facultatif ». Le responsable a également affirmé qu’il ne s’agissait pas d’une forme de dopage, mais d’une démarche visant à « restaurer et optimiser les capacités naturelles » et à garantir « la base biologique nécessaire pour soutenir le combat ».

Un scepticisme médical généralisé

Cette annonce a immédiatement suscité de vives réactions dans la communauté médicale. L’Endocrine Society, organisation professionnelle regroupant des spécialistes du système hormonal, a publié un communiqué dans lequel elle estime qu’« il n’existe pas de données suffisantes pour recommander un dépistage systématique de l’hypogonadisme chez les hommes asymptomatiques par un simple dosage de la testostérone sanguine ».

Le professeur Bradley Anawalt, chef du service de médecine du centre médical de l’université de Washington et spécialiste en endocrinologie, a qualifié la décision de « grand et gros ‘oh non’ ». Il a ajouté : « Nous faisons reculer la médecine rationnelle. Je suis inquiet pour l’éthique, pour les conséquences sanitaires, pour les évaluations inutiles, les diagnostics erronés et les prescriptions inappropriées de testostérone. »

Adrian Dobs, chercheuse en fonction endocrine gonadique à l’université Johns Hopkins, a déclaré avoir été « très surprise que ce soit ce à quoi ils pensent », soulignant qu’il s’agit « d’une question très complexe que de poser un diagnostic d’hypogonadisme masculin ». Elle a notamment relevé que le taux de testostérone varie en fonction du moment de la journée en raison des rythmes circadiens — plus élevé le matin, plus bas en fin de journée — et qu’il pourrait être perturbé par le stress chronique ou une perte de poids chez des soldats revenant de mission ou d’entraînement intensif.

Des questions scientifiques et pratiques

Plusieurs spécialistes interrogés s’interrogent sur le bien-fondé des bénéfices allégués. Adrian Dobs a estimé que la vision de Pete Hegseth sur la testostérone est « mal informée » : « La testostérone est une hormone très importante, elle joue un rôle clé dans la puberté et la masculinisation. Mais ce n’est pas quelque chose qui va vous rendre plus intelligent, ni vous faire vivre plus longtemps — nous n’avons simplement aucune donnée pour le suggérer. »

Le Pentagone n’a pas rendu publiques les études scientifiques ou les experts médicaux qui auraient servi de base à cette décision. Interrogé sur l’application de la mesure aux femmes — dont l’organisme produit également de la testostérone, en quantité moindre —, l’administration militaire s’est refusée à tout commentaire supplémentaire.

Un contexte politique et idéologique

Cette annonce s’inscrit dans la ligne politique défendue par Pete Hegseth depuis sa prise de fonction. Le secrétaire à la Défense, ancien présentateur de Fox News, s’est fait le promoteur d’une vision viriliste de l’armée, qu’il oppose aux valeurs « woke » qu’il accuse d’avoir affaibli l’institution. Il a multiplié les prises de position en faveur d’un « ethos du guerrier » et a durci les normes physiques imposées aux soldats. En septembre dernier, lors d’un discours devant des hauts gradés réunis à la base de Quantico, en Virginie, il avait critiqué les militaires en surpoids et certains officiers supérieurs qu’il jugeait physiquement inaptes, provoquant des remous au sein de l’armée.

Certains commentateurs ont relevé le paradoxe d’une administration qui s’oppose aux traitements hormonaux pour les personnes transgenres tout en encourageant la prescription de testostérone à grande échelle. La question de savoir si les femmes soldats seront incluses dans ce programme reste à ce stade sans réponse.

La mesure s’inscrit par ailleurs dans un mouvement plus large de l’administration Trump visant à faciliter l’accès à la prescription de testostérone pour les hommes. Le programme sera mis en œuvre lors des examens médicaux périodiques, mais son coût et ses modalités logistiques précises n’ont pas été détaillés.