L'enquête du Parquet européen pour détournement de fonds au Parlement européen a connu un nouveau développement majeur cette semaine, avec une série de perquisitions coordonnées visant le Rassemblement national (RN) et ses alliés au sein du groupe des Patriotes pour l'Europe.
Des opérations simultanées dans plusieurs États membres
Selon des sources proches du dossier, les enquêteurs ont mené des perquisitions simultanées en France, en Belgique, en Allemagne et en Pologne. Ces opérations, qui se sont déroulées entre mardi et jeudi, ciblent un réseau présumé de détournement de fonds européens via des contrats fictifs d'assistants parlementaires.
Les perquisitions ont notamment visé les locaux du RN à Paris, ainsi que les domiciles de plusieurs eurodéputés et anciens assistants. En Allemagne, les enquêteurs ont perquisitionné les bureaux de deux députés européens du parti Alternative pour l'Allemagne (AfD), allié du RN au Parlement européen. En Pologne, des perquisitions ont eu lieu dans les locaux du parti Droit et Justice (PiS), également membre du groupe des Patriotes pour l'Europe.
Des accusations de détournement de fonds à grande échelle
L'enquête, ouverte il y a plusieurs mois par le Parquet européen, porte sur des soupçons de détournement de fonds européens destinés à rémunérer des assistants parlementaires. Les enquêteurs suspectent que ces fonds aient été utilisés pour financer des activités politiques nationales, en violation des règles européennes.
Selon des documents judiciaires consultés par plusieurs médias, les montants en jeu pourraient atteindre plusieurs millions d'euros. Les investigations portent sur une période allant de 2019 à 2024, et concernent une vingtaine d'eurodéputés et une cinquantaine d'assistants.
Le RN et ses alliés dénoncent une « instrumentalisation politique »
La direction du RN a immédiatement réagi en dénonçant ce qu'elle qualifie d'« acharnement judiciaire » et d'« instrumentalisation politique ». Jordan Bardella, président du RN, a déclaré dans un communiqué : « Ces perquisitions s'inscrivent dans une tentative de déstabilisation de notre mouvement à l'approche des échéances électorales. Nous n'avons rien à cacher et nous coopérerons pleinement avec la justice. »
De son côté, Marine Le Pen, présidente du groupe RN à l'Assemblée nationale, a estimé que « ces méthodes rappellent les pratiques des régimes autoritaires où l'on utilise la justice contre ses opposants politiques ».
Les partis alliés, notamment l'AfD et le PiS, ont également exprimé leur soutien au RN et dénoncé une « campagne de calomnie » orchestrée selon eux par les institutions européennes.
Le Parquet européen confirme l'ouverture d'une enquête
Le Parquet européen, basé à Luxembourg, a confirmé l'ouverture d'une enquête pour « détournement de fonds européens, faux et usage de faux, et association de malfaiteurs ». Dans un communiqué, il précise que « les investigations en cours visent à déterminer si des fonds alloués au fonctionnement du Parlement européen ont été détournés de leur objectif ».
Le Parquet européen souligne que « ces opérations ont été menées en coordination avec les autorités judiciaires nationales des États membres concernés, dans le respect des procédures en vigueur ».
Un contexte d'enquêtes multiples
Cette nouvelle série de perquisitions intervient alors que le RN et ses alliés sont déjà visés par plusieurs enquêtes judiciaires en France et en Europe. En France, le parti est notamment mis en examen dans l'affaire des assistants parlementaires européens, instruite par le parquet de Paris.
Par ailleurs, une enquête préliminaire a été ouverte par le parquet de Paris concernant des soupçons de financement occulte du RN par des fonds russes via des prêts douteux. Le parti conteste également ces accusations.
Des implications politiques potentielles
Ces perquisitions pourraient avoir des conséquences politiques importantes, alors que le RN entend peser dans le débat public en vue des prochaines échéances électorales. Alors que le parti se présente comme le défenseur de la souveraineté nationale, ces affaires judiciaires pourraient affaiblir sa crédibilité sur les questions de probité.
Les prochains mois seront décisifs pour l'avenir judiciaire du RN et de ses alliés. Les enquêtes du Parquet européen pourraient déboucher sur des mises en examen et, à terme, sur un procès.