Le tribunal de commerce de Londres a donné son feu vert, mercredi 1er juillet, à un plan de restructuration pour TG Jones, l'enseigne héritière de la célèbre chaîne britannique WH Smith. Ce feu vert judiciaire ouvre la voie à la fermeture de près de 150 magasins et à une réduction significative des effectifs, fragilisant un nom emblématique du commerce de détail vieux de 233 ans.
Le groupe TG Jones, propriété du fonds d'investissement Modella Capital qui avait racheté WH Smith en 2025, se trouvait en proie à des difficultés financières croissantes. Confrontée à l'évolution des habitudes de consommation, à la pression du commerce en ligne et à la hausse des coûts opérationnels, l'entreprise avait sollicité la protection de la justice au printemps dernier. La décision de la Haute Cour de Londres valide un accord conclu avec les créanciers, qui prévoit la fermeture de quelque 150 points de vente sur les 400 que compte l'enseigne.
Un plan de restructuration drastique
Le plan approuvé par le tribunal permet à TG Jones de sortir de la procédure de redressement en réduisant de manière drastique son parc locatif. Selon des sources proches du dossier, environ 250 magasins devraient survivre à cette réorganisation. Le nombre exact de suppressions de postes n'a pas été officiellement communiqué, mais les syndicats estiment que plusieurs milliers d'emplois pourraient être menacés. L'accord prévoit également une renégociation des loyers pour les sites maintenus, un mécanisme courant dans les restructurations de ce type au Royaume-Uni.
La chaîne TG Jones emploie encore environ 5 000 personnes à travers le pays. La direction a indiqué que « cette restructuration est indispensable pour assurer l'avenir de l'entreprise et préserver le maximum d'emplois possible ». De son côté, le syndicat USDAW a exprimé sa « profonde inquiétude » face à l'ampleur des fermetures et a demandé des mesures d'accompagnement pour les salariés concernés.
Quel avenir pour l'emblème du high street britannique ?
L'histoire de WH Smith remonte à 1792, date de l'ouverture de la première librairie-papeterie par Henry Walton Smith et sa femme Anna. Devenue une institution sur les artères commerçantes du Royaume-Uni et dans les gares, la marque avait été cédée en 2025 pour une somme non divulguée à Modella Capital, un fonds spécialisé dans le redressement de marques en difficulté. Ce dernier avait rapidement procédé au changement de nom de l'enseigne, la rebaptisant TG Jones, en référence au fondateur du fonds.
Ce rebranding n'a pas suffi à endiguer la crise. La concurrence inexorable des géants de la vente en ligne, l'inflation et la réduction du trafic dans les centres-villes ont précipité la chute de l'entreprise. Cette affaire s'inscrit dans un phénomène plus large de déclin du commerce de détail traditionnel au Royaume-Uni, qui a déjà vu disparaître des enseignes comme Woolworths, BHS ou plus récemment Wilko.
La crise du retail britannique continue
Le cas de TG Jones n'est qu'un symptôme d'une crise endémique qui frappe le secteur depuis plusieurs années. Selon des données du British Retail Consortium, le nombre de magasins vacants dans les rues commerçantes a atteint 13,6 % au deuxième trimestre 2026, un niveau record depuis la pandémie. Les défaillances d'entreprises dans le secteur non alimentaire ont augmenté de 22 % sur un an, la pression fiscale et les loyers élevés étant régulièrement pointés du doigt.
Les experts estiment que la restructuration de TG Jones pourrait servir de modèle pour d'autres chaînes en difficulté. La procédure dite de « plan de restructuration » (Restructuring Plan), introduite en 2020, permet en effet de contraindre les créanciers dissidents à accepter un accord, réduisant ainsi le risque de liquidation judiciaire pure et simple. Reste à savoir si cette solution permettra à la marque de retrouver une viabilité durable à long terme.
Les prochains mois seront décisifs pour TG Jones, qui devra prouver sa capacité à s'adapter au nouveau visage du commerce de détail britannique.