Le secrétaire à la Défense des États-Unis, Pete Hegseth, a provoqué une vive controverse samedi 6 juin en utilisant le mot « invasion » pour décrire l’afflux de migrants sur les rivages de l’Europe, lors d’un discours prononcé au cimetière américain de Colleville-sur-Mer, en Normandie. S’exprimant devant les 9 387 croix blanches qui marquent les tombes des soldats tombés durant la bataille de Normandie, il a déploré que « différentes plages européennes sont prises d’assaut par diverses idéologies dangereuses », citant nommément l’Espagne, l’Italie, la Grèce et la Bulgarie. « Des bateaux et des hommes débarquent », a-t-il ajouté, avant de lancer : « Quand les capitales européennes agiront-elles contre cette invasion ? Ou est-il déjà trop tard ? »
Un discours centré sur l’effort de défense
Pete Hegseth, proche du président Donald Trump, a également insisté sur la nécessité pour les partenaires européens d’accroître leurs capacités militaires. Faisant référence à l’alliance qui a permis le Débarquement du 6 juin 1944, il a déclaré que « les hommes enterrés ici ont combattu au sein d’une alliance guerrière où chaque partenaire a apporté la mesure de son industrie, de son courage et de son sacrifice ». Sans mentionner explicitement les conflits en Iran ou en Ukraine, il a affirmé que « la paix n’est garantie que par la force » et que « l’Amérique doit montrer la voie », mais que « nos alliés doivent être avec nous, épaule contre épaule ». Son auditoire incluait la ministre française des Armées, Catherine Vautrin.
Une absence remarquée à la cérémonie internationale
Quelques heures plus tôt, le responsable du Pentagone avait annoncé qu’il ne participerait pas à la cérémonie internationale de l’après-midi, préférant se consacrer à l’hommage américain. Cette décision a été perçue comme un nouveau signe de la distanciation de Washington vis-à-vis de ses alliés traditionnels. Lors de la cérémonie internationale, le Premier ministre français, Sébastien Lecornu, a rendu hommage aux « 3 000 hommes d’à peine 20 ans » morts le jour J, en qualifiant le peuple américain de « grand peuple ami de la liberté ». Il a toutefois appelé l’Europe à relever « le défi de notre génération » : celui de « notre autonomie, de notre capacité à nous défendre par nous-mêmes », face à des menaces qui « se rapprochent, s’intensifient et se multiplient ».
Des échos aux déclarations de JD Vance
Les propos de Pete Hegseth font suite à ceux du vice-président américain, JD Vance, qui avait la veille attribué le meurtre d’une étudiante blanche par un homme sikh à un déclin civilisationnel provoqué par une « invasion » de migrants. L’administration Trump considère en effet que l’immigration de masse constitue un danger pour la civilisation européenne. Le discours du secrétaire à la Défense a ravivé les tensions avec Paris et Berlin, qui prônent une approche plus humaniste des flux migratoires.
Le contexte historique rappelé
Le débarquement du 6 juin 1944 reste l’opération amphibie la plus importante de l’histoire : 6 939 navires et 132 700 soldats britanniques, canadiens, américains, belges, norvégiens et polonais avaient pris d’assaut 80 kilomètres de plages normandes. Cette opération a contribué de manière décisive à la victoire sur l’Allemagne nazie, prise en tenaille par les forces soviétiques à l’est. Lors de la cérémonie internationale, l’attaché de défense allemand, le général de brigade Markus Reinhardt, a qualifié le 6 juin de « jour de gratitude » envers les soldats alliés et a souligné que la paix « demeure fragile ».