La pièce de théâtre « Deuxième partie », mise en scène et interprétée par Patrick Bruel, a connu un nouvel épisode de perturbations mercredi 3 juin au soir à Paris. La représentation prévue au théâtre Edouard VII a été annulée après qu'une manifestation organisée par le collectif #NousToutes a rassemblé plusieurs dizaines de personnes devant l'entrée de l'établissement.
Les militantes, qui protestent contre la programmation de l'artiste dans le contexte de l'affaire judiciaire le concernant, ont fait entendre leurs revendications pendant une vingtaine de minutes. Selon des témoins, des slogans ont été scandés et des banderoles déployées, appelant à ne pas « applaudir un agresseur présumé ». Patrick Bruel fait l'objet de plusieurs plaintes pour violences sexuelles et agressions sexuelles, des accusations qu'il conteste formellement.
La production a pris la décision d'annuler la séance, invoquant des raisons de sécurité pour le public et les équipes artistiques. Le théâtre a été évacué dans le calme, et les spectateurs ont été invités à se signaler pour un remboursement ou un échange de billets. Contactée, la direction du théâtre n'a pas souhaité faire de commentaire supplémentaire dans l'immédiat.
Un mouvement de contestation en croissance
Cette action s'inscrit dans une série d'interventions menées par #NousToutes depuis plusieurs semaines. Fin mai, une précédente représentation avait déjà été interrompue par une action similaire, durant laquelle des militantes étaient entrées dans la salle et avaient déployé des banderoles. Le collectif revendique une « vigilance accrue » à l'égard des artistes visés par des plaintes et appelle les théâtres à « ne pas fermer les yeux ».
Dans un communiqué diffusé après l'action de mercredi, #NousToutes a déclaré : « Nous ne laisserons pas la culture servir de vitrine à des hommes accusés de violences sexuelles. Le silence des institutions culturelles est une complicité. » Le groupe affirme vouloir poursuivre ses actions jusqu'à la fin des représentations, prévue dimanche 7 juin.
Patrick Bruel et la procédure judiciaire
Le chanteur et comédien est mis en examen depuis 2024 pour viols et agressions sexuelles sur plusieurs femmes, des faits qu'il aurait commis entre 1995 et 2023. Il bénéficie d'une présomption d'innocence et clame son innocence. Ses avocats dénoncent « une campagne de calomnie » et estiment que ces perturbations « portent atteinte à la liberté d'expression et au travail des comédiens ».
La justice n'a pas encore fixé de date pour le procès. L'affaire a divisé le monde du spectacle, certains artistes appelant à ne pas « confondre mise en examen et condamnation », tandis que des associations féministes jugent que les théâtres ont une responsabilité morale.
Réactions politiques et culturelles
La maire de Paris, interrogée sur les faits, a rappelé que « la liberté de création et la liberté de réunion sont des principes fondamentaux », mais a ajouté que « des plaintes pour violences sexuelles doivent être traitées avec sérieux sans qu'il y ait de censure préalable ». La ministre de la Culture, par la voix de son cabinet, a indiqué suivre la situation « avec attention » sans se prononcer sur le fond.
Du côté du théâtre, la programmation de la pièce a été maintenue jusqu'à son terme, mais la sécurité a été renforcée pour les dernières séances. Les équipes techniques et artistiques « regrettent que le public soit privé de spectacle », selon un porte-parole de la production.
Un débat sur les limites de la mobilisation
L'annulation de mercredi relance la question des modalités d'action des collectifs féministes dans le champ culturel. Si certains saluent la « pression légitime » exercée sur les institutions, d'autres s'inquiètent d'un « précédent dangereux » qui verrait des représentations annulées sous la pression de la rue. Des juristes interrogés estiment que si le droit de manifester est garanti, l'entrave à un spectacle pourrait relever d'une contravention, voire d'un délit si elle est organisée de façon concertée.
Pour l'instant, aucune plainte n'a été déposée par la production ou le théâtre contre les manifestantes. Le collectif #NousToutes affirme de son côté vouloir « rester dans le cadre légal » tout en intensifiant ses actions de sensibilisation.
Les ultimes représentations de « Deuxième partie » sont programmées jusqu'à ce dimanche. Il reste à voir si elles pourront se dérouler sans nouvel incident.